dimanche 11 décembre 2011

Quelques souvenirs de 2011

Note : Blogger m'a demandé de retirer les liens MP3 qui figuraient dans cet article. C'est un peu embêtant, mais ça ne doit pas nous enlever notre belle humeur pour autant. Et puisqu'on ne peut rien faire contre Pascal Nègre et ses sbires, j'ai remplacé les mp3 par des liens de streaming vers Youtube, Bancdamp, Soundcloud ou autres. Toutes mes confuses, et bonne écoute tout de même !


Ce blog n'est que la partie émergée de notre activité. Infrasons officie en effet parallèlement comme agence de notation musicale, distribuant les bons et les mauvais points aux artistes et évaluant chaque année leur crédibilité sur les marchés financiers. Apôtres des politiques de rigueur, nous devons lutter inlassablement contre les concepts albums prétentieux, les instrumentations indigestes, les solos interminables et toutes les boursouflures qui écorchent nos tympans.

Lorsque l'on se voit investir d'une telle mission, la sévérité doit s'imposer, y compris vis-à-vis des élèves doués mais par trop insouciants. Ainsi, cette année, nous n'avons pas hésité à sanctionner des artistes certes sympathiques mais qui n'ont pas fournis les efforts nécessaires pour figurer dans notre sélection (Strange Boys, Horrors, Girls,...).

La Grande-Bretagne voit quant à elle sa note souveraine dégradée ; une décision logique puisqu'elle n'a pas tenu compte des multiples avertissements que nous lui avions adressée. L'appauvrissement de la scène musicale anglaise s'est poursuivi et l'écart avec les États-Unis (plus particulièrement la région de San-Francisco) ne cesse de se creuser. Seules des mesures drastiques semblent pouvoir remettre cette nation sur le droit chemin.

Que l'on se rassure, certains éléments montrent encore l'exemple et conservent, en toute justice, leur note A-A-A (Bare Wires, Go ! Team, Liechtenstein, Ty Segall, Tim Cohen, ...), preuve que l'effort, le talent, voire l'audace paient toujours. Rendons hommage donc aux musiciens qui ont su traverser cette année de crise sans dériver de cap. Cet article doit contribuer à les remercier en listant les chansons que nous avons préférées en 2011, comme nous avions pu le faire en 2007, 2008, 2009 et 2010.



Alabama Shakes - I Found You
(extrait de Alabama Shakes / site)
A force d'écouter du Garage, on oublie qu'il y a aussi des gens qui savent chanter, et bien. Bon, évidemment, je force un peu le trait, mais toujours est-il qu'il est rafraîchissant d'aller voir ce qui se fait ces temps-ci en matière de Soul ; notamment chez les fabuleux Alabama Shakes. D'ailleurs, pour faire un bon groupe de Soul, ce n'est pas bien sorcier : on met une grosse mama noire au chant et hop, on tient la formule magique.


Allah-las - Catamaran
(extrait du 45t Catamaran/Long Journey / site)
Les Allah-las doivent autant leur présence ici à leur nom (le plus bête jamais vu depuis les Zyklon Bees) qu'à leur excellente chanson «Catamaran» (sorte de «Roadrunner» du marin). Nul doute qu'une fatwa sera bientôt prononcée contre le groupe chapeauté par Nick Waterhouse et qu'il devra se terrer quelque part en Alaska pour échapper aux vengeurs du Prophète. Heureusement, il nous restera toujours cet excellent disque pour penser à eux.


Bare Wires - Back on the Road
(extrait de Cheap Perfume)
Pacal Nègre nous a parlé longuement de Bare Wires cette année (lire l'article ici). Inutile donc de vous les présenter à nouveau. Retenons simplement que leur nouvel album (Cheap Perfume) est dans la veine du précédent et contient encore quelques morceaux irrésistibles comme «Back in the Road». Ajoutons simplement que, selon une étude Insee, 68% des meilleurs riffs de guitare actuels sont signés Bare Wires (étude réalisée en décembre 2011 sur un panel représentatif de 800 consommateurs).



Black Lips - New Direction
(extrait de Arabia Mountain / site)
Groupe potache s'il en est, les Black Lips ont confié la production de leur dernier album à Mark Ronson, personnage dont on a toujours apprécié le travail ici (Amy Winehouse, Lily Allen, Candie Payne,...). Même si cette association ne semble pas faire l'unanimité, le résultat me paraît assez réussi. C'est en effet rafraîchissant de pouvoir entendre du Garage avec une production sonore soignée. Des morceaux comme «Raw Meat» ou «New Direction» n'en sortent que grandis.


Les Bof ! - Ils vont tuer le R'n'R
(extrait de Nous sommes les Bof ! / site)
Comme leur nom ne l'indique pas, les Bof ! sont Écossais ... mais avec un chanteur marseillais ! Après s'être fait remarqués en 2007 avec un 45t contenant des chansons aussi marrantes que «J'ai perdu mon mojo», ils reviennent cette année avec un album plus Yéyé que jamais. Avec son riff inspiré du «1977» des Clash et son titre revendicateur, «Ils vont tuer le R'n'R» a évidemment attiré notre attention.



Charles Bradley - Stay Away
(extrait de la compilation de reprises de Nirvana Nevermind / site)
Si l'on mange si mal dans les cantines scolaires et dans les restaurants inter-entreprises, c'est peut-être parce que les chefs cuisiniers travaillant dans ces établissements ne sont pas faits pour ce métier. Leur vocation est ailleurs. C'est ce qu'a compris Charles Bradley à 51 ans, après une vie passée derrière les fourneaux ; laissant son tablier, il a décidé de devenir chanteur Soul à plein temps. Avec une voix à la James Brown et accompagné par les musiciens maison du label Daptone, il a estomaqué tout le monde cette année en proposant une reprise Soul d'un morceau de Nirvana. Soyons honnête, l'originale n'était pas notre tasse de thé ; la reprise est le morceau de l'année.


Tim Cohen (Magic Trick) - Daylight Moon
(extrait de The Glad Birth of Love / site)
Je soupçonne depuis un petit moment Tim Cohen de s'être cloné. Comment pourrait-il faire autrement pour sortir autant d'albums chaque année, que ce soit en solo ou avec les Fresh & Onlys. Saluons donc son clone n°06B43 pour son superbe album The Glad Birth of Love. Un numéro de série tellement productif qu'il pousse le vice jusqu'à agréger plusieurs chansons dans le même morceau, comme sur ce «Daylight Moon» qui démarre tout doucement avant de s'échapper dans de magnifiques envolées vaporeuses.



Cults - Bumper
(extrait de Cults / site)
J'ai beaucoup hésité avant d'intégrer les Cults dans la sélection 2011. Premièrement car leur album est très en-deçà des espoirs suscités l'an passé par les premières chansons. Deuxièmement car le morceau «Bumper» n'est qu'un plagiat du «Give Him a Great Big Kiss» des Shangri-las ; et c'est justement là l'aspect délicat : avec une telle chanson pour modèle, la copie est forcément efficace, fût-elle en-deçà de l'originale. Nous serons donc magnanime cette année, eu égard à la jeunesse du groupe. Mais attention : les Cults devront impérativement tenir compte de nos mises en garde à l'avenir, sous peine de se voir décerner un avertissement conduite.


Davila 666 - Esa nuna nenca regreso
(extrait de Tan bajo)
Le côté brouillon des morceaux de Davila 666 a toujours eu tendance à me rebuter. Mais lorsque les Porto-ricains prennent la bête par les cornes et s'astreignent à une vraie discipline, on ne peut que s'incliner devant le résultat. Chœurs entraînants, rythmes martelant, ce «Esa nuna nenca regreso» doit leur servir de boussole pour leurs prochains enregistrements.


Friends - I'm His Girl
Chez Infrasons, on a toujours une grande marmite de goudron chaud saupoudré de plumes. Nous la maintenons à bonne température, prêts à la déverser sur tout ce qui ressemble de près ou de loin à de la Pop des années 80. Et pourtant, Dieu sait si nous aimons ce morceau new-yorkais branchouille, son clip estampillé «Années Reagan» et le groove qui se dégage de l'ensemble. Quelque chose me dit que ces Friends referont parler d'eux très prochainement.


Go ! Team - Ready to Go Steady
(extrait de Rolling Blackouts / site)
A chaque nouvelle sortie d'un disque de Go ! Team, on se frotte les mains. Car on est sûr d'y trouver 4 ou 5 très bons morceaux et ce mélange inimitable de Funk, de son Girl-groups et de Hip-hop. S'il ne s'agit pas de leur meilleur album, Rolling Blackouts ne nous a pas déçu, avec notamment ce charmant «Ready to Go Steady».


Human Eye - Impregnate the Martian Queen, part 2
(extrait de They Came from the Sky)
La claque sonore de l'année ! Evoquant aussi bien Love et que les Stooges, ce «Impregnate the Martian Queen, part 2» semble bel et bien venir d'une planète rouge et volcanique, balayée par des tourbillons de poussière et d'hématite. Le résultat est aussi terrifiant qu'entraînant.


Hunx & his Punkx - Lovers Lane
(extrait de Too Young to Be in Love)
Avec Hunx et ses Punkx, il ne faut pas s'arrêter aux pochettes de disques, d'un goût pour le moins douteux. Car il s'agit avant tout d'un excellent groupe oscillant entre le Glam, la Power Pop et le Rhythm'n'blues, capable d'évoquer les excellents Detroit Cobras sur le morceau «Lovers Lane».


Jacuzzi Boy - Automatic Jail
(extrait de Glazin')
L'excellente surprise de l'année ! Avec Glazin', le groupe de Miami nous offre une myriade de perles Power Pop plus enthousiasmantes les unes que les autres. Difficile de n'en retenir qu'une, mais «Automatic Jail» ressemble tellement à un morceaux des Buzzcocks qu'il aurait été criminel de laisser l'année passer sans vous le faire écouter.


Liechtenstein - Meantime
(extrait du simple Meantime)
Les Suédoises de Liechtenstein sont une valeur sûre. Sobres, appliquées, mais surtout inspirées, elles parviennent toujours à se glisser dans nos sélections annuelles. «Meantime» laisse percevoir un groupe qui se rapproche de plus en plus d'Electrelane et de sa beauté glaciale.


Limiñanas - (I've Got) Trouble in Mind (écoute ici)
(extrait du 45t (I've Got) Trouble in Mind)
Nos Perpignanais préférés nous avaient laissé un excellent souvenir l'an passé avec un album des plus réussis. Leur dernier 45 tours s'inscrit dans la même lignée avec des références de plus en plus marquées au Gainsbourg période «Bonnie and Clyde». L'alternance du chant en français et en anglais participe évidemment à cet effet très Zip ! Shebam ! Pow ! Blop ! Wizz !


Paul Messis - The Problem With Me
(extrait de The Problem With Me / site)
Paul Messis a de la chance : il joue depuis quelques années avec plusieurs des meilleurs musiciens anglais. Autrefois bassiste des excellents Fallen Leaves, il est accompagné depuis quelques temps par d'anciens membres des Embrooks et de Higher State, soit ce qui se fait de mieux de l'autre côté de la Manche en matière de rock 60s. Mais ce n'est pas le tout d'être bien accompagné ; encore faut-il savoir composer de jolies ballades byrdsiennes, pleines de guitares carillonnantes à 12 cordes. Ce que Paul Messis fait à la perfection.


Oh Sees - Carrion Crawler
(extrait de Carrion Crawler/The Dream / site)
Autres représentants de l'inépuisable scène san-franciscaine, les Oh Sees n'avaient encore jamais eu l'honneur de figurer dans une sélection annuelle Infrasons. La faute nous en incombe car ils publient des disques à un rythme presque aussi soutenu que les Fresh & Onlys. Les Oh Sees sont certainement le groupe le plus perché de toute cette scène néo-psychédélique californienne avec une rythmique répétitive, hypnotique, syncopée qui les rend reconnaissables entre mille.


Pendentif - Riviera
(extrait du 45t Pendentif)
Déjà présentés il y a quelques mois sur ce blog (lire l'article ici), les Bordelais de Penedentif nous ont enchanté cette année avec une Pop rafraîchissante et estivale, dans un esprit proche de celui de La Femme. Un regret malgré tout : la fille qui tient le micro sur «Riviera» ne semble pas être la chanteuse principale. Dommage, car le groupe perd largement de son intérêt sur les morceaux chantés par des voix masculines.


Pushy Parents - He's My Saturday (écoute ici)
(extrait du 45t Secret Secret)
Les Pushy Parents ne sont pas un véritable groupe, mais plutôt un projet de studio suédois regroupant la chanteuse des Andersen Tapes et différents pontes de la Pop scandinave (compositeurs, arrangeurs,...). «Secret Secret», la chanson phare, a tout pour devenir un tube phénoménal, mais nous avons plutôt choisi de vous faire écouter «He's My Saturday» et son rythme Northern Soul emmené par une ligne de percussions des plus réussies.


Ty Segall - Goodbye Bread
(extrait de Goodbye Bread / site)
Il y a un an, nous évoquions la ressemblance amusante entre la voix de Ty Segall et celle de John Lennon. Sur le morceau «Goodbye Bread», c'est plutôt avec Alex Chilton et Big Star que nous établirons un rapprochement. Mais trêve de comparaisons, retenons surtout que son dernier album contient plusieurs superbes chansons, davantage à mon sens que sur le précédent ; et que le chien sur la pochette a une bonne tête.


Ana Tijoux - 1977
(extrait de 1977 / site)
«1977» fait figure de curiosité au sein de cette sélection. Ce n'est pas tous les jours en effet qu'Infrasons vous a présenté des rappeuses franco-chiliennes. Mais il faut un début à tout. Avec son instrumentation hispanisante, son rythme tout en arrêts/redémarrages et l'excellente voix d'Ana Tijoux, vous ne pourrez qu'aimer ce morceau.


Triptides - Going Under
(extrait du 45t Going Under / Bandcamp)
Nous fondons énormément d'espoirs sur les Triptides, groupe américain qui marie avec bonheur Pop 60s et Surf. Vous ne trouverez toutefois pas les Triptides sur les plages surchauffées du mois d'août, bondées de touristes et de vendeurs de churros. Vous les verrez plutôt hors saison, sur des côtes désertes, recouvertes d'une brume mélancolique. Le timbre voilé du chanteur nous ferait même penser à celui des Zombies, orfèvres Pop des années 60. A noter que le 45t Going under/Outlaw vient d'être publié par Croque Macadam, nouveau label français qui chapeaute également les recommandables Guillotines et Spadassins.


Vivian Girls - I Heard You Say
(extrait de Share the Joy)
Que l'on ne s'y trompe, Infrasons n'est pas un supporteur inconditionnel des Vivian Girls. Malgré toute la sympathie que peuvent susciter ces trois louloutes cherchant à mêler le son des Shangri-las et des Jesus & Mary Chain, leurs enregistrements nous paraissent encore perfectibles. Toutefois, bâtis autour de mélodies ambitieuses et de chœurs travaillés, certains morceaux nous obligent à déposer les armes et à reconnaître leur talent, à l'instar de ce «I Heard You Say», chant de noël parfait pour ces périodes hivernales.


Nick Waterhouse - Is That Clear
(extrait du 45t Is That Clear / site)
Nick Waterhouse est l'un des personnages les plus étonnants du moment. Alors que tous ses amis san-franciscains semblent obsédés par le Garage psychédélique des années 60, Nick a choisi d'aller plus loin et de voyager dans la décennie précédente. Costume impeccable, lunettes à gros montant : Nick a tout d'un Buddy Holly moderne. Ses enregistrements ne sont pas en reste puisqu'ils évoquent un Eddie Cochran jouant avec les Sonics. Une vraie curiosité.


Wax Idols - All Too Human
(extrait du 45t All Too Human/William Says / site)
Encore un groupe de San Francisco, un de plus ! Rien ne sert de lutter, c'est bien là-bas que tout se passe. Mais aussi foisonnante soit-elle, la scène locale reste un petit monde puisque la chanteuse du groupe a auparavant joué avec les sus-cités Bare Wires et Hunx et ses Punkx. Au-delà de ses influences Garage, Wax idols dégage un parfum gothique et légèrement New Wave qui n'est pas sans évoquer Siouxsie et les Banshees.


White Fence - A Pearl Is Not A Diamond
(extrait de Is Growing Faith)
Déjà encensé ici l'an passé, White Fence nous a encore offert l'un des meilleurs albums de l'année (Is Growing Faith), toujours avec ce son bricolé, usé mais charmant. La ballade psychédélique «A Pearl Is Not A Diamond» est à ce titre la mieux produite des chansons figurant sur l'album ; l'une des plus jolies également. Et puis, un morceau sur les perles ne pouvait pas passer inaperçu sur un blog ayant pour slogan «Quelques perles sous un océan agité» !


Bonus 2010

La Femme - Sur la planche
(extrait du maxi Le Podium#1 / Bandcamp)
En guise de conclusion, rappelons que le meilleur morceau de l'année est en réalité une chanson sortie ... en toute fin d'année dernière ! Alors oui, c'est vrai, je triche un peu, mais tous les prétextes sont bons pour réécouter «Sur la planche» et son Surf irrésistible. Je vous renvoie à l'article écrit sur le groupe en janvier (en cliquant ici).

6 commentaires:

Bazile Leroy a dit…

Et cette jarre électrique chez Human Eye... très 13th. F.E. cette production. Est-ce qu'il y a des jarristes sur la place parisienne ?

Infrason a dit…

Dans le même genre d'idée, les Black Lips utilisent un crâne électrique amplifié sur leur dernier album, en hommage aux 13th Floor, semble-t-il;

Alex Twist a dit…

pour La Femme je compte l'inclure dans mon bilan 2011
certes le morceau est plus ou moins disponible depuis 2010 mais le vinyle n'est sorti que vers février donc pourquoi pas le compter en 2011?

Infrason a dit…

Sur la pochette, il est écrit "Third Side Records 2010".
Juridiquement parlant, je pense que c'est cette date qui compte.
Mais, après tout, les règles sont faites pour être enfreintes ; y compris les règles calendaires !

Clément Hering a dit…

j'avais pas terminé ton bilan, Infreson, depuis le temps, mal m'en a pris, je le trouve très bien, pertinent et varié, un top de mod quoi ;)

Infrason a dit…

merci !