samedi 12 septembre 2009

Brimstone Howl


L'autre jour, je déjeunais avec Nicolas Sarkozy. Comme à l'habitude, nous parlions rock'n'roll. Nicolas venait de voir les Tokyo Sex Destruction et en était revenu très enthousiaste. Il regrettait malgré tout la raréfaction des bons concerts à Paris. J'évoquai alors la fermeture de la Flèche d'Or et les difficultés rencontrées par la Mécanique Ondulatoire, prédisant qu'il n'y aurait bientôt plus aucune salle digne de ce nom.

La discussion bifurqua ensuite vers nos derniers coups de cœur : Guitar Wolf, Demolition Doll Rods ou Brian Jonestown Massacre. Nicolas appela à ce moment un serveur du Fouquet's et lui réclama sa sacoche :

«Je vous l'avait laissée à l'entrée. Elle est en cuir avec un badge du Jon Spencer Blues Explosion».

Le garçon s'exécuta et le Président sortit un disque de Brimstone Howl :

«Tiens, tu verras. Je viens de découvrir ça ; c'est énorme !»

Il était temps que je parte. Aussi n'eus-je pas réellement le temps d'examiner la pochette. L'addition fut apportée et, alors que nous nous levions, Nicolas me demanda si je continuais à jouer.

«Cela fait une éternité que je n'ai pas touché ma guitare, lui avouai-je.
-Passe à l'Élysée cet aprèm' . Brice vient d'acheter une Flying V. Moi je me mets aux fûts, et on se fait une petite session.
-Je suis vraiment charrette ces temps-ci. Mais promis je t'appelle et on se fait ça un de ces quatre.»

Une bonne poignée de main, et je quittai le Fouquet's, le disque de Brimstone Howl sous le bras.

Brimstone Howl - Shangri-la
Brimstone Howl - Summer of pain
(acheter We came in peace chez Soundflat)
Brimstone howl - Summer of pain

vendredi 14 août 2009

Mallory Hays (de retour)

Vous l'aurez peut-être remarqué : Infrasons ne consacre jamais deux articles à un même artiste. N'y voyez aucune explication idéologique ni aucune raison religieuse ; je veille simplement à ne pas déséquilibrer l'industrie musicale en affichant un quelconque favoritisme pour l'un ou pour l'autre.

Or, aujourd'hui, je vais faire une exception. En effet, si Infrasons ne se démène pas pour promouvoir Mallory Hays, qui le fera ? Pas la radio, pas les autres blogs, pas même sa vieille tante.

Paresse oblige, je ne répéterai pas tout le bien que je pense de la demoiselle (je vous renvoie, pour cela, à l'article qui lui a déjà été consacré). Notons simplement que 8 nouveaux morceaux viennent d'être mis en ligne sur le site Stillmusik. Bonne nouvelle, la recette magique n'a pas changé : une voix (belle) et une guitare (simple) ; et hop, c'est dans la boîte.

Pas de prouesses vocales avec Mallory, ni de prétentions diva-esques. Tout repose sur une voix naturellement belle qui n'éprouve jamais le besoin de forcer.

À quand maintenant une qualité d'enregistrement digne de son talent ? Vous pouvez y contribuer en achetant des «actions» Mallory Hays sur Zikpot. Et, comme vous le dirons les économistes, il faut se réfugier vers les valeurs sûres en temps de crise ; c'est-à-dire vers les choses simples. Donc, misez sur l'avenir et misez sur le renouveau musical français.

dimanche 12 juillet 2009

Les Strokes / Little Joy

Les Strokes


Je suis un grand jaloux. C'est pourquoi je suis toujours dépité lorsque je constate à quel point la vie peut être facile et agréable pour certains ; et là, je pense notamment aux cinq gaillards qui composent les Strokes.

Mettons-nous un instant à leur place. Comment en vouloir au Destin lorsqu'il vous a fait naître dans la ville du Velvet Underground, de Blondie et des Ramones (New-York), qu'il vous a doté d'un nom de famille accrocheur (Casasblancas ou Hammond, par exemple) et qu'il a fait de votre père le fondateur le l'agence de mannequins Élite (ce qui laisse envisager une existence saupoudrée de créatures avenantes) ?

Quelles remontrances adresser à un Bon Dieu qui vous a accordé suffisamment de talent pour écrire «Someday», «Soma» et tout un tas d'autres morceaux fantastiques ? Un Dieu qui vous a attribué assez d'esprit pour sortir l'une des pochettes de disque les plus marquantes de l'Histoire du rock (Is this it et son fameux bassin cambré).

Comment pester contre une chienne de vie qui a gravé votre nom en lettres d'or au panthéon du rock, vous décernant des titres de noblesse plus glorieux les uns que les autres : sauveurs du rock'n'roll, résurrecteurs du cuir, des jeans cigarettes et de la classe américaine ; pourfendeurs des moches et des médiocres, étrangleurs des néo-métaleux, des ingénieurs-informaticiens remixeurs et des romantico-castras (Coldplay ou Muse) ?

Oui les amis, je vous le dis : dans une autre vie j'aimerais aussi être un Strokes.

Strokes, Strokes, Strokes : voilà qui m'évoque l'année 2001 (huit ans déjà). Le lycée se finit et, à cette époque, j'entame à peine l'exploration des vastes archives du rock'n'roll. Que de découvertes à cette époque : Who, Kinks, Pogues, Clash, Pistols ; chaque trouvaille déroule une nouvelle pelote qui m'entraîne, toujours plus loin, dans les entrailles du passé. A tel point que je finis par me sentir, je vous l'avoue, en net décalage avec l'air du temps.

À cette même époque, je tombe par hasard sur Substitute, émission hebdomadaire diffusée sur Aligre FM. Et c'est un choc : grâce à Vincent Hanon et Isabelle Konopnicki (qui animent l'émission), j'apprends que le rock'n'roll, le garage et la pop bien construite ne sont pas morts en 1979. Au contraire, une scène souterraine continue d'entretenir le flambeau.

Alors moi aussi j'entre dans la clandestinité. L'oreille collée au transistor, comme on le faisait en d'autres temps pour recevoir Radio Londres, je me tiens au courant de ce mouvement de résistance qui s'orgnise autour des bastions de Détroit ou de New-York. Je ne vous le cache pas : cette période était dangereuse. Bannis par la société depuis l'Édit de MTV (promulgué en 1981), les adorateurs du rock'n'roll devaient se réunir en secret dans les catacombes, un poisson dessiné sur leur t-shirt en signe de reconnaissance.

Et puis, parmi les groupuscules évoqués dans l'émission Substitute (White Stripes, Go, Dirtbombs, ... ), un nom commença à apparaître çà et là dans la presse : les Strokes. Quelques entrefilets d'abord ... puis une véritable déferlante. Dans toute les campagnes, la nouvelle se répandit : alléluia, les Strokes avaient débarqué en Normandie, le rock'n'roll était ressuscité, les résistants pouvaient sortir du maquis et proclamer haut et fort : j'écoute des morceaux de 2 minutes avec 3 accords et 3 instruments ! Enfin nous allions pouvoir bénéficier d'une considération autre que celle accordée aux collectionneurs d'étiquette de boîtes de camembert ou aux membres du cercle généalogique du Bas-Périgord. Vivent les Strokes et vive le rock !

(site / acheter Is this it chez Gibert Joseph)


Little Joy


Une transition fort habile nous permet de rebondir sur Little Joy, groupe parallèle de Fabrizio Moretti, le batteur italo-américano-brésilien des Strokes. Associé à un autre Brésilien (Rodrigo Amarante) et à une fille qui porte un nom bizarroïde (Binki Shapiro), il a enregistré l'an passé un album que je ne me lasse pas d'écouter.

Instrumentation brésilienne, nonchalance jamaïcaine, voix strokesiennes, délicatesse folk, mélodies
kinksiennes, ce groupe semble avoir été conçu pour me plaire. Et je dois admettre qu'il y est parvenu.

Little Joy - Play the part (2008)
Little Joy - Unattainable (2008)
(acheter Little Joy chez Gibert-Joseph)
Strokes - Last nite
Little Joy - Unattainable

lundi 1 juin 2009

Les Beatles Noirs


C'est l'un des secrets les mieux gardés de l'Histoire du rock : après les douze coups de minuit et jusqu'au petit matin, les Beatles devenaient noirs. Et alors que la peau de Djhone, Paul, Geowges et Wingo se pigmentait, leurs voix muaient soudainement. Le visage méconnaissable, ils pouvaient se compromettre dans les clubs jamaïcains de Londres ou Liverpool. Montant sur scène devant une foule de dockers et d'immigrants, ils y reprenaient leur répertoire à la mode Soul et Motown.

Nul n'aurait percé ce secret si, un soir d'automne 1965, un technicien du Kingston Club n'avait enregistré cette bande. Je vous laisse écouter ce témoignage édifiant.

dimanche 5 avril 2009

Avec pas d'casque

Avec pas d'casque : nom étrange pour l'un des groupes les plus étonnants du moment. Originaire de Montréal, le trio récite un folk hypnotique, orné de chœurs nonchalants dignes des Beatles de Revolver ou Rubber soul.

Imaginez le Brian Jonestown massacre avec l'accent québécois. Voilà qui serait bizarre, stupéfiant même ; mais pas forcément impossible, nos trois décasqués y parvenant avec une facilité déconcertante.

Ce groupe m'offre par ailleurs l'occasion de revenir sur les relations litigieuses entre rock et langue française (sujet auquel j'avais déjà consacré un long article). Juste pour souligner que nos cousins québécois ont une approche bien moins complexée que la nôtre.

Dans cette joyeuse contrée, on ne débat pas pendant des heures pour savoir si le phrasé français est compatible avec les rythmes à quatre temps ou si plaquer la langue de Molière sur un mi-la-si ne revient pas à trahir Baudelaire ou Rimbaud. Non, on ne réfléchit pas : on prend sa guitare et on chante le plus simplement du monde dans sa langue maternelle. C'est plus simple, c'est rafraîchissant, et nous aurions de la graine à y prendre.

Je laisse évidemment la conclusion de cette chronique à notre bon vieux général qui, en écoutant Avec pas d'casque, n'aurait pu s'empêcher de s'écrier : vive le Québec ivre !
(site / acheter Dans la nature jusqu'au cou)
(site / acheter Trois chaudières de sang)

samedi 21 mars 2009

Le silence de la rue

CHAPITRE 1 : L'ÂGE D'OR

Il n'y a pas si longtemps, j'étais rennais. Véritable petit «paotr Roazon», je gambadais joyeusement dans la capitale des ducs de Bretagne en reprenant les Kinks avec ma cornemuse.

En ces temps bénis que les moins de deux ans ne peuvent connaître, une vénérable institution veillait sur cette charmante cité ; elle s'appelait «Rennes Musique», rue du Maréchal Joffre.

Ce magasin de disques, puisque c'en était un, avait tout pour plaire : un emplacement idéal au cœur de la ville, une tenue irréprochable et, surtout, un succulent stock de cédés ou vinyles. Bien que fréquenté par le tout-venant, il n'en satisfaisait pas moins les esprits les plus pointus. Il était en effet possible d'entrer avec son baladeur et de demander l'aide des vendeurs pour trouver le nom d'un morceau, même si c'était une chanson inconnue enregistrée, la veille, sur une obscure radio étudiante.

Telle une déesse nourricière et protectrice, le magasin semblait insuffler son mojo à l'ensemble de la ville et de ses habitants. Et ces derniers, insouciants, ignoraient alors la noirceur des nuages qui s'amoncelaient à l'horizon [grondement lugubre].


CHAPITRE 2 : L'EXIL

Anticipant les événements qui allaient s'abattre sur Rennes, je pris mon baluchon et mon billet de TGV vers Paris, me mettant immédiatement en quête d'un travail ou d'un modeste quignon de pain. Bien m'en prit car une funeste nouvelle me parvint rapidement : Rennes Musique avait fermé, vaincu par la Fnoc et par Virgin Mégabof.

Stupeur, consternation. Et dire que je considérais ce magasin comme le modèle du bon disquaire, celui qui recèle de pépites ultra-confidentielles sans pour autant sentir le vieux mégot ou la sueur de motard. Un magasin qui semblait ne jamais désemplir et que tous croyaient éternel [instant violons].


CHAPITRE 3 : LE SILENCE DE LA RUE

D'aucuns disent que Paris est une ville agressive où il ne fait pas bon vivre. Peut-être, mais Paris est également un repaire pour tous les résistants musicaux qui somnolent en nous. Et, dans ce grand dédale titanesque et delanoësque, il est encore possible de se perdre et de trouver, par hasard, un nouveau temple du funk appelé «Le silence de la rue».

Oui, le silence est dans la rue et le grouve est à l'intérieur de la boutique. Comment puis-je vous décrire le lieu ? Des disques géniaux, que cela, partout. Contrairement à Rennes Musique, le magasin ne propose même pas d'offre grand public ; si un ahuri cherche le dernier Muse ou le dernier Coldplay, une trappe s'ouvre ainsi immédiatement sous ses pieds pour le plonger dans un abîme sans fond. Cette information demande vérification mais le fait est que je n'ai jamais vu d'ahuri dans le magasin.

Ici, chaque marchandise a été sélectionnée avec le plus grand soin et avec le meilleur goût : garage, reggae, soul, ska, soixanteries diverses et variées, vinyles majoritaires, ... C'est bien simple : entre deux parties de flipper un sourd-muet-aveugle pourrait débarquer dans la boutique et sélectionner cinq disques au hasard, il serait sûr d'avoir fait un excellent choix.

Que dire d'autre sinon que le vendeur est sympa, qu'il se proposera de lui-même de déchirer le film protecteur des disques pour que vous les écoutiez, vous gratifiera d'un : «Excellent choix, voilà un album que je vous recommande très vivement», qu'il n'y a pas de codes-barres et qu'il note ses ventes, à l'ancienne, sur un calepin en papier.

Détail important, les disques sont très bon marché. En gros, 12 € pour un 33 tours neuf : c'est moins cher (j'ai vérifié) que le même achat sur Amazon. Comment font les gens du magasin pour proposer tous ces imports à des prix si compétitifs ? J'avoue ne pas savoir, mais j'imagine qu'ils vont cambrioler la nuit les stocks de Damaged Goods ou de Rough Trade. A moins qu'ils ne possèdent leur propre fabrique clandestine de disques. Je ne sais pas, mais je percerai un jour ce mystère.

Et que peut-on acheter au Silence de la rue ? Le premier simple des Real Kids par exemple, avec «All kindsa girls» et «Common at noon».

Real kids - Common at noon (1977)
(acheter All kindsa girls / Common at noon à la Fn...
enfin non, je voulais dire au Silence de la rue)

En tout cas, il n'y aura plus d'excuses : tout lecteur d'Infrasons qui franchira les murailles de Paris devra désormais se recueillir dans ce nouveau temple du funk.

LE SILENCE DE LA RUE
39 rue Faidherbe
75011 Paris
Métros Charonne ou Faidherbe-Chaligny

mercredi 18 février 2009

Les Boss Martians / Les Mallrats

Lorsque on n'a plus le temps de tenir un blog à un rythme décent, il faut se recentrer sur les choses simples, sur des chansons directes et efficaces qui claquent comme des Biffs ! des Bangs ! et des Pows ! en faisant danser le marteau et l'enclume de nos oreilles.

Alors partons là où la vie est plus simple et là où on réfléchit peut-être un peu moins, j'ai nommé la côte ouest des États-Unis, pour y rencontrer les Boss Martians et les Mallrats.



Les Boss Martians

Les Boss Martians sont des musiciens de Seattle plutôt laids et médiocres qui, touchés par la grâce un soir de Pentecôte, ont enregistré «Oh, Angela». Power-pop tendue, nerveuse, et bien ajustée, cette Angela me plaît.

Boss Martians - Oh Angela (2003)
(site / acheter Oh, Angela sur Amazon)


Les Mallrats

Plus au sud et à peu près à la même période (2003), les Mallrats sortaient le bien nommé «Coming back to California» ; là encore un groupe et un morceau sortis de nulle part qui, Dieu sait comment, se retrouvèrent propulsés dans les 10 meilleurs téléchargements du site mp3.com, avant de disparaître aussi soudainement.

Qu'en reste-t-il ? Une chanson parfaite qui pourrait être le générique de Friends ou de Comment j'ai rencontré votre maman. Si cela ne vous donne pas envie de danser sur une Dodge Viper bleu clair en tapant dans vos mains sous le soleil de Santa Barbara, je ne peux plus rien pour vous.

Mallrats - Coming back to California (2003)
(acheter Fall in love over again chez Screamin apple)

dimanche 1 février 2009

Le Tour du Monde des Garages et des Ménestrels (6) : Éthiopie



Après le Japon, la Chine, l'Indonésie, l'Inde, la Turquie et le Yémen, le Tour du Monde des Garages et des Ménestrels poursuit sa route en Éthiopie, toujours sous la houlette de Nikki Mod, correspondant spécial Afrique / Moyen-Orient pour Infrasons.


Swinging Addis


C’est un épisode assez peu connu de la Seconde guerre mondiale : en 1942, les troupes fascistes qui occupaient l'Éthiopie furent boutées hors d’Afrique par les régiments coloniaux britanniques. Épisode sanglant d’un conflit bien plus vaste, mais épisode salvateur : sans ces quelques coups de baïonnette judicieusement placés, l’avenir des gens de goût n’eût pas tout à fait été le même.

On y perdit peut-être les bâtiments futuristes art-déco et le goût du capuccino au bord de la mer rouge. Mais voici ce que l’on y gagna : juste après la défaite italienne, les américains firent bâtir dans les plaines arides d'Érythrée, à Kagnew près d'Asmara, une base militaire. Pas tout à fait une base avec des chars et des avions, même si l'on devait bien y trouver des marines en chemisette kaki sirotant à midi du coca-cola sous le blanc soleil d’Afrique. Plutôt une base de transmissions dotée d’une grosse antenne radiophonique, qui diffusa bientôt, par delà les montagnes jadis réputées infranchissables d’Abyssinie, au cœur du mystérieux empire des Négus, les mélopées vicieuses d’Elvis Presley et de Fats Domino.

À Addis-Abeba où le transistor avait fait son apparition, le son venu d’Amérique pénétra profondément le cerveau de la génération urbaine de l’après guerre. Cette jeunesse était fortement imprégnée de valeurs nationalistes et parfois d’un conservatisme politique qui avaient sur le principe peu à envier au discours de leurs anciens envahisseurs. Mais ce trait particulier fut la garantie d’un mélange détonnant entre le nouveau son d’Outre-Atlantique – rythmiques à quatre temps impulsées par basse et batterie – et un héritage vernaculaire fait de chants lancinants en amharique et d’indescriptibles mélodies abyssines souvent agrémentées de cuivres.

Bien que les seuls groupes autorisés à se produire fussent ceux qui en avaient reçu agrément de l’Empereur, l’alchimie diabolique née de leur rivalité féroce rendit fous par milliers les sujets du Négus. Les années 1960, animées par des groupes rattachés à un Hôtel, à la Police ou à la Garde Impériale, furent prolifiques : ce temps béni qui n’était plus celui des colonies reçu le surnom de Swinging Addis.


Pourtant, sur les crêtes des monts du pays Amhara, une ombre se profilait déjà à l’horizon ; une ombre venue du Tigré voisin où les indépendantistes alliés aux Érythréens n’avaient cure des danses enfiévrées et des suaves nuits qui agitaient la Piazza d’Addis. Pour eux, il importait surtout d’avoir la peau du Négus, comme celle des lions qui gardaient jour et nuit son palais.

Politiciens, meneurs de troupes et empereurs ayant en ces contrées des mœurs pour le moins violentes, le renversement d’Hailé Sélassié par le sinistre Mengistu marqua, en 1974 l’aboutissement brutal d’une trajectoire musicale pourtant fort prometteuse. L’interdiction de toute expression musicale (autre que les bruits de bottes) par le nouveau régime mit fin à cette ère dorée. La place étant ici limitée, voici seulement deux des artistes les plus marquants des 60s éthiopiennes, tous disponibles dans l’affolante collection Éthiopiques. Les meilleurs d’entre vous iront découvrir le reste par eux-mêmes…


Alèmayèhu Eshèté

Des trente 45 tours distillés par Alèmayèhu Eshèté, pendant sa fulgurante carrière, il faudrait retenir bien plus que ce que nous pouvons présenter ici. Surnommé l’Elvis abyssin, recruté à 20 ans dans le très en vue Police Orchestra du colonel Dèmèqè, il fut l’une des icones des sixties abyssines.

Le caractère conservateur – travail, famille, patrie - des paroles de ses chansons ne fera pas oublier la puissance funkoïde de leurs rythmes démoniaques. Et pour cause : qui parle l’amharique parmi vous ?


Alèmayèhu Eshèté : Tchero Adari Nègn

(acheter Éthiopiques, vol.8 : Swingin Addis sur Amazon)
Alèmayèhu Eshèté : Mèkèyèrshin Salwaq

(acheter Éthiopiques, vol.9 : Alèmayèhu Eshèté sur Amazon)

Lemma Demissew

Lemma Demissew était pianiste pour plusieurs des groupes institutionnels évoqués plus haut. Epaulé par d’impeccables sections cuivre, il a produit certains des plus beaux morceaux de cette période, dont «Astawèslehu», qui sonne comme une reprise de la «Danse des canards» venue d’un autre monde, celui là assurément parfait.


Lemma Demissew : Adrashash Tèfabegn

Lemma Demissew : Astawèslehu

(acheter Éthiopiques, vol.8 : Swingin Addis sur Amazon)
Lemma Demissew : Adrashash Tèfabegn

Alèmayèhu Eshèté : Mèkèyèrshin Salwaq

lundi 26 janvier 2009

Quelques souvenirs de 2008

Avant-propos : ce message est publié une seconde fois suite à un vilain tour joué par Anastasie et ses grands ciseaux ; alias la censure.

Comme en 2007, Infrasons finit l'année en vous dévoilant la liste des morceaux qui l'ont enchanté ces douze derniers mois.


Évidemment, l'événement fait trembler tout le petit monde de l'industrie musicale, chaque compagnie espérant que ses poulains pourront recueillir un ou deux lauriers.


Car si une poignée d'élus, récompensés par Infrasons, verront leur carrière décoller jusqu'à des hauteurs incommensurables, les absents de la liste ne pourront qu'assister, impuissants, à la décrépitude de leur carrière et de leurs espoirs. Ces malheureux n'auront plus qu'à retourner à leurs chères études de solfège, ruminant les pourquoi et les comment de leur défaite.


Mais cessons donc de parler des perdants, Infrasons demeurant, rappelons-le le blog de la France qui gagne. Et cette France, une fois n'est pas coutume, a fait plutôt bonne figure cette année. Des Second Sex à Vanessa Contenay-Quinones, plusieurs pépites ont fleuri dans notre petit hexagone ... en attendant le prochain album des Dadds.


D'une façon générale, ce fut plutôt une belle année, sonoriquement parlant. D'ailleurs, il n'a pas été nécessaire d'aller trop loin pour dénicher des perles musicales car même les radios ont pu nous régaler avec les Kills, Estelle, Gabriela Cilmi, Ting Tings, MGMT, Portishead, Vampire Weekend et consorts.

En espérant une année 2009 aussi productive, je vous souhaite un joyeux noёl et une heureuse santé.


Erykah Badu - The healer
(site / acheter New Amerikah sur Amazon)
Le mélange asiatico-super funk de l'année.
Barth - Global hero
(site / acheter Cuchillo chez Gibert-Joseph)
Le voix haut-perchée et éthérée de l'année.
Black hollies - Under a winter's spell
(acheter Casting shadows chez Soundflat)
Le joyau psyché-pop de l'année, plein de feuze, de reverb', de phasage, et de tous ces effets sonores terribles.
Cocosuma - Oh ruby sun
(site / acheter We'll drive homme backwards chez Gibert-Joseph)
La merveille 2008 capable d'évoquer un duo entre les Kinks et les Supremes.
Vanessa Contenay-Quinones - Pourquoi pas
(site)
La chanson yéyé de l'année.
Bart Davenport - Jon Jon
(site / acheter Palaces sur Amazon)
La ballade pop de l'année.
Début septembre - Beg-meil
La meilleure chanson patronnée par l'Office pour la Promotion du Tourisme en Bretagne. Pebezh kanaouenn, paotred !
Del Shannon - Gemini [remix de Pilooski]
Le remix de l'année et, accessoirement, les meilleures percussions martelantes jamais entendues sous nos tropiques.
Estelle et Kayne West - American boy
(site / acheter Shine chez Gibert-Joseph)
Le morceau Rythme et Bleu de l'année.
Foxboro hot tubs - Mother Mary
(site / acheter Stop Drop and Roll !!! chez Gibert-Joseph)
La rémission de l'année ; celle qui a permis aux membres de Greenday, sous le nom des Foxboro Hot Tubs, d'expier leurs péchés, tel le brigand crucifié à la droite de Jésus. Comme quoi il n'est jamais trop tard.
Liz Green - Midnight blues
(acheter Midnight blues chez Humble soul)
La délicate perle folk-blues de l'année.
Housse de racket - Oh yeah
(acheter Forty love chez Gibert-Joseph)
La meilleure chanson de l'année pour jouer au tennis avec un polo Lacoste. Et, accessoirement, la façon la plus maline d'entrer dans les quotas francophones sans trop se fouler pour les paroles.
Kills - U.R.A fever
(site / acheter Midnight boom chez Gibert-Joseph)
La bande-son de l'année pour aller braquer une banque avec Tarantino.
Love is all - Wishing well
(site / extrait de A hundred things keep me up at night)
L'air totalement crétin mais absolument entraînant de cette année.
MGMT - Kids
(site / acheter Oracular spectacular chez Gibert-Joseph)
L'hymne dansant bizarroїde de l'année.
Jim Noir - Don't you worry
(site / acheter Jim Noir chez Gibert-Joseph)
Le morceau rétro-futuriste de l'année.
Poney express - Paris de loin
(acheter Daisy Street chez Gibert-Joseph)
La chanson de l'année pour partir en vacances à la campagne.
Portishead - Silence
(site / acheter Third à la Fnac)
La mélopée bossa-nova trip-hop de l'année.
Rifles - I could never lie
(site / acheter le 45 tours I could never lie chez Soundflat)
La petite power-pop de l'année faite pour être chantée, dans quelques pubs anglais, autour d'une bonne vieille guitare.
Second sex - J'ai couché avec le diable
(acheter Petite mort chez Gibert-Joseph)
Le titre garage qui, cette année, a aidé la France à recouvrer son rang dans le monde.
Ting tings - Shut up and let me go
(site / acheter We started nothing chez Gibert-Joseph)
Le rythme de l'année pour brûler les pistes de danse.
Vampire weekend - One (Blake's got a new face)
(site / acheter Vampire weekend chez Gibert-Joseph)
La chanson la plus décontractée de cette bonne année 2008.