dimanche 12 juillet 2009

Les Strokes / Little Joy

Les Strokes


Je suis un grand jaloux. C'est pourquoi je suis toujours dépité lorsque je constate à quel point la vie peut être facile et agréable pour certains ; et là, je pense notamment aux cinq gaillards qui composent les Strokes.

Mettons-nous un instant à leur place. Comment en vouloir au Destin lorsqu'il vous a fait naître dans la ville du Velvet Underground, de Blondie et des Ramones (New-York), qu'il vous a doté d'un nom de famille accrocheur (Casasblancas ou Hammond, par exemple) et qu'il a fait de votre père le fondateur le l'agence de mannequins Élite (ce qui laisse envisager une existence saupoudrée de créatures avenantes) ?

Quelles remontrances adresser à un Bon Dieu qui vous a accordé suffisamment de talent pour écrire «Someday», «Soma» et tout un tas d'autres morceaux fantastiques ? Un Dieu qui vous a attribué assez d'esprit pour sortir l'une des pochettes de disque les plus marquantes de l'Histoire du rock (Is this it et son fameux bassin cambré).

Comment pester contre une chienne de vie qui a gravé votre nom en lettres d'or au panthéon du rock, vous décernant des titres de noblesse plus glorieux les uns que les autres : sauveurs du rock'n'roll, résurrecteurs du cuir, des jeans cigarettes et de la classe américaine ; pourfendeurs des moches et des médiocres, étrangleurs des néo-métaleux, des ingénieurs-informaticiens remixeurs et des romantico-castras (Coldplay ou Muse) ?

Oui les amis, je vous le dis : dans une autre vie j'aimerais aussi être un Strokes.

Strokes, Strokes, Strokes : voilà qui m'évoque l'année 2001 (huit ans déjà). Le lycée se finit et, à cette époque, j'entame à peine l'exploration des vastes archives du rock'n'roll. Que de découvertes à cette époque : Who, Kinks, Pogues, Clash, Pistols ; chaque trouvaille déroule une nouvelle pelote qui m'entraîne, toujours plus loin, dans les entrailles du passé. A tel point que je finis par me sentir, je vous l'avoue, en net décalage avec l'air du temps.

À cette même époque, je tombe par hasard sur Substitute, émission hebdomadaire diffusée sur Aligre FM. Et c'est un choc : grâce à Vincent Hanon et Isabelle Konopnicki (qui animent l'émission), j'apprends que le rock'n'roll, le garage et la pop bien construite ne sont pas morts en 1979. Au contraire, une scène souterraine continue d'entretenir le flambeau.

Alors moi aussi j'entre dans la clandestinité. L'oreille collée au transistor, comme on le faisait en d'autres temps pour recevoir Radio Londres, je me tiens au courant de ce mouvement de résistance qui s'orgnise autour des bastions de Détroit ou de New-York. Je ne vous le cache pas : cette période était dangereuse. Bannis par la société depuis l'Édit de MTV (promulgué en 1981), les adorateurs du rock'n'roll devaient se réunir en secret dans les catacombes, un poisson dessiné sur leur t-shirt en signe de reconnaissance.

Et puis, parmi les groupuscules évoqués dans l'émission Substitute (White Stripes, Go, Dirtbombs, ... ), un nom commença à apparaître çà et là dans la presse : les Strokes. Quelques entrefilets d'abord ... puis une véritable déferlante. Dans toute les campagnes, la nouvelle se répandit : alléluia, les Strokes avaient débarqué en Normandie, le rock'n'roll était ressuscité, les résistants pouvaient sortir du maquis et proclamer haut et fort : j'écoute des morceaux de 2 minutes avec 3 accords et 3 instruments ! Enfin nous allions pouvoir bénéficier d'une considération autre que celle accordée aux collectionneurs d'étiquette de boîtes de camembert ou aux membres du cercle généalogique du Bas-Périgord. Vivent les Strokes et vive le rock !

Strokes - Last nite (2001)
Strokes - Soma (2001)
(site / acheter Is this it chez Gibert Joseph)


Little Joy


Une transition fort habile nous permet de rebondir sur Little Joy, groupe parallèle de Fabrizio Moretti, le batteur italo-américano-brésilien des Strokes. Associé à un autre Brésilien (Rodrigo Amarante) et à une fille qui porte un nom bizarroïde (Binki Shapiro), il a enregistré l'an passé un album que je ne me lasse pas d'écouter.

Instrumentation brésilienne, nonchalance jamaïcaine, voix strokesiennes, délicatesse folk, mélodies
kinksiennes, ce groupe semble avoir été conçu pour me plaire. Et je dois admettre qu'il y est parvenu.

Little Joy - Play the part (2008)
Little Joy - Unattainable (2008)
(acheter Little Joy chez Gibert-Joseph)
Strokes - Last nite
Little Joy - Unattainable

6 commentaires:

Mathieu a dit…

Ca faisait longtemps que je n'avais pas laissé de commentaire sur IS, mais là, il fallait au moins que je remercie le K pour m'avoir fait découvrir Little Joy. Hmmm, miam. Merci beaucoup donc.
Mathieu D.

Infrason a dit…

Merci à toi.

L'acquisition d'un vinyle de Little Joy fait partie des achats les plus intelligents que j'ai pu faire.

T'es en Bretagne cet été ?

Mathieu a dit…

Non, je suis en stage à Paris, avant de devenir Lillois à la rentrée prochaine (ESJ).

Infrason a dit…

Okay.
J'ai pas ton n° de tél. Envoie le sur la boîte mail de mon profil.

Boebis a dit…

Pour les amateurs de Little Joy, je vous conseille vivement d'écouter Los Hermanos (groupe dont fait partie le cocréateur brésilien de Little Joy), qui est aussi connu et respecté au Brésil que les Strokes dans le reste du monde. Peut être même plus.

Infrason a dit…

Merci du conseil. Je vais me pencher dessus.