vendredi 9 mai 2008

Cody Chesnutt


Je n'ai pas serré la main de beaucoup de rock stars. Une seule en fait, et ce n'était pas une star ; ni même vraiment un rocker ; c'était Cody Chesnutt.
Cela s'est passé aux Transmusicales de Rennes, juste après l'épouvantable prestation de Sébastien Tellier (racontée dans mon message précédent). Dieu, qui avait vu la performance chaotique de Tellier, avait comprit qu'il fallait rétablir l'équilibre de l'univers et, pour ce faire, nous offrir quelque chose de beau, de pur, de céleste. Alors Dieu envoya Cody Chesnutt.

Juste avant que l'illustre inconnu n'entre sur scène, une certaine excitation s'était emparée de la salle (encore toute amusée par la performance de Tellier). Un organisateur venait en effet de monter sur scène et, solennellement, s'était adressé au public :
«Mesdames et messieurs, je réclame votre attention. Je vais devoir vous demander d'éteindre vos cigarettes [nous étions avant la prohibition] car le musicien qui va entrer sur scène est asthmatique. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle il tourne assez peu et pour laquelle sa présence en Europe aujourd'hui est un véritable privilège. Je vous remercie.»

Tandis que les fumeurs s'exécutaient, un sentiment de curiosité gagnait la salle : qui était ce mystérieux Cody Chesnutt ? Cet asthmatique alité qui, peut-être, sortait pour la première fois de sa Georgie natale contre l'avis des médecins ?

Moi, j'ai toujours eu de la sympathie pour les asthmatiques. Car ils partagent entre eux un secret : ils sont les seuls à connaître et à avoir entendu le mystérieux joueur de flûte qui, certaines nuits, vient doucement les réveiller. L'esprit encore engourdi, ils perçoivent une mélopée lointaine, belle et triste ; un son provenant d'un instrument inconnu, comme un tube d'orgue sous-marin. L'étrange mélodie se rapproche petit à petit, jusqu'à ce qu'elle sorte brusquement de leur poitrine . Alors, instinctivement, ils se redressent et, alors que le chant de flûte s'estompe, ils éprouvent une sensation d'étouffement.

Alors que je méditais sur l'existence et les desseins du mystérieux joueur de flûte nocturne, une clameur s'empara du public : Cody Chesnutt entrait en scène. Et là, surprise, il enjamba directement les barrières de sécurité pour venir serrer, une à une, toutes les mains des premiers rangs. C'était la folie parmi les spectateurs : personne ne connaissait cet homme, mais sa barbe et sa casquette militaire ne nous laissaient aucun doute : c'était un prophète, un saint ; sa poignée de main guérissait les maladies. Lorsque mon tour arriva, Cody Chesnutt m'adressa, comme à tous, un long regard, fixe et perçant. Alors, oui, je sus, et il n'y avait aucun doute possible : il était l'envoyé de Dieu.

Devant un public rendu hystérique par son bain de foule, Cody monta enfin sur scène. Moi, je remarquai que son bassiste était le sosie d'Astérix ; et que, ce soir-là, la potion magique avait dû être bonne.

Lorsqu'on lit des comptes-rendus de concert, on voit souvent des phrases clichés style : «Il s'est vraiment passé quelque chose entre le groupe et le public», «Un moment d'anthologie durant lequel les musiciens ont communié avec leur auditoire» . En général, cette prose de midinette ou de mauvais journaliste me rend sceptique ou, au mieux, me fait rigoler. Mais là, franchement, je ne vois pas quels autres mots je pourrais employer pour décrire ce concert ; oui, il avait un truc : une flamme, un mojo, une voix soul soul soul, des incantations de prophète lorsque Cody levait son point en déclamant des paroles dont je ne comprenais que le mot «Djizeusse». C'est un souvenir fabuleux et, à coup sûr, un concert dont je reparlerai à mes arrière-petits-enfants.

Que dire maintenant de l'album The headphone masterpiece enregistré par ce même Cody Chesnutt ? Qu'il ne rend pas réellement compte du son et de la prestation scéniques. Il a un côté plus bricolage, plus accoustique, plus brouillon aussi car enregistré par Cody dans sa chambre avec un modeste petit 4 pistes. Mais même si le son est pourri, on peut percevoir sur certains morceaux la voix et la musique habitées du prophète Chesnutt.


Cody Chesnutt - When i find time
(Myspace / acheter The headphone masterpiece sur Amazon)

2 commentaires:

Twist and shoot ! a dit…

jamais eu l'occaz de le voir en concert, j'ai ce disque, et pareil je le trouve un peu trop bricolé, mais "seeds" est une super chanson, il l'a refaite avec le groupe hip hop the Roots d'ailleurs

Michelle a dit…

J'étais à ce concert aux Trans dans cette salle de la Cité . Je ne le connaissais pas et c'était "fou"... Toute la salle vivait.... Quel bonheur de vivre des moments pareils. Suite à ce concert, j'avais acheté le CD.
Aujourd'hui , en écoutant France Inter, j'apprends qu'il est présent au festival "Parc de Bagatelle" ce week-end . Alors, allez -y, sa voix et sa musique, c'est trop bon