samedi 21 mars 2009

Le silence de la rue

CHAPITRE 1 : L'ÂGE D'OR

Il n'y a pas si longtemps, j'étais rennais. Véritable petit «paotr Roazon», je gambadais joyeusement dans la capitale des ducs de Bretagne en reprenant les Kinks avec ma cornemuse.

En ces temps bénis que les moins de deux ans ne peuvent connaître, une vénérable institution veillait sur cette charmante cité ; elle s'appelait «Rennes Musique», rue du Maréchal Joffre.

Ce magasin de disques, puisque c'en était un, avait tout pour plaire : un emplacement idéal au cœur de la ville, une tenue irréprochable et, surtout, un succulent stock de cédés ou vinyles. Bien que fréquenté par le tout-venant, il n'en satisfaisait pas moins les esprits les plus pointus. Il était en effet possible d'entrer avec son baladeur et de demander l'aide des vendeurs pour trouver le nom d'un morceau, même si c'était une chanson inconnue enregistrée, la veille, sur une obscure radio étudiante.

Telle une déesse nourricière et protectrice, le magasin semblait insuffler son mojo à l'ensemble de la ville et de ses habitants. Et ces derniers, insouciants, ignoraient alors la noirceur des nuages qui s'amoncelaient à l'horizon [grondement lugubre].


CHAPITRE 2 : L'EXIL

Anticipant les événements qui allaient s'abattre sur Rennes, je pris mon baluchon et mon billet de TGV vers Paris, me mettant immédiatement en quête d'un travail ou d'un modeste quignon de pain. Bien m'en prit car une funeste nouvelle me parvint rapidement : Rennes Musique avait fermé, vaincu par la Fnoc et par Virgin Mégabof.

Stupeur, consternation. Et dire que je considérais ce magasin comme le modèle du bon disquaire, celui qui recèle de pépites ultra-confidentielles sans pour autant sentir le vieux mégot ou la sueur de motard. Un magasin qui semblait ne jamais désemplir et que tous croyaient éternel [instant violons].


CHAPITRE 3 : LE SILENCE DE LA RUE

D'aucuns disent que Paris est une ville agressive où il ne fait pas bon vivre. Peut-être, mais Paris est également un repaire pour tous les résistants musicaux qui somnolent en nous. Et, dans ce grand dédale titanesque et delanoësque, il est encore possible de se perdre et de trouver, par hasard, un nouveau temple du funk appelé «Le silence de la rue».

Oui, le silence est dans la rue et le grouve est à l'intérieur de la boutique. Comment puis-je vous décrire le lieu ? Des disques géniaux, que cela, partout. Contrairement à Rennes Musique, le magasin ne propose même pas d'offre grand public ; si un ahuri cherche le dernier Muse ou le dernier Coldplay, une trappe s'ouvre ainsi immédiatement sous ses pieds pour le plonger dans un abîme sans fond. Cette information demande vérification mais le fait est que je n'ai jamais vu d'ahuri dans le magasin.

Ici, chaque marchandise a été sélectionnée avec le plus grand soin et avec le meilleur goût : garage, reggae, soul, ska, soixanteries diverses et variées, vinyles majoritaires, ... C'est bien simple : entre deux parties de flipper un sourd-muet-aveugle pourrait débarquer dans la boutique et sélectionner cinq disques au hasard, il serait sûr d'avoir fait un excellent choix.

Que dire d'autre sinon que le vendeur est sympa, qu'il se proposera de lui-même de déchirer le film protecteur des disques pour que vous les écoutiez, vous gratifiera d'un : «Excellent choix, voilà un album que je vous recommande très vivement», qu'il n'y a pas de codes-barres et qu'il note ses ventes, à l'ancienne, sur un calepin en papier.

Détail important, les disques sont très bon marché. En gros, 12 € pour un 33 tours neuf : c'est moins cher (j'ai vérifié) que le même achat sur Amazon. Comment font les gens du magasin pour proposer tous ces imports à des prix si compétitifs ? J'avoue ne pas savoir, mais j'imagine qu'ils vont cambrioler la nuit les stocks de Damaged Goods ou de Rough Trade. A moins qu'ils ne possèdent leur propre fabrique clandestine de disques. Je ne sais pas, mais je percerai un jour ce mystère.

Et que peut-on acheter au Silence de la rue ? Le premier simple des Real Kids par exemple, avec «All kindsa girls» et «Common at noon».

Real kids - Common at noon (1977)
(acheter All kindsa girls / Common at noon à la Fn...
enfin non, je voulais dire au Silence de la rue)

En tout cas, il n'y aura plus d'excuses : tout lecteur d'Infrasons qui franchira les murailles de Paris devra désormais se recueillir dans ce nouveau temple du funk.

LE SILENCE DE LA RUE
39 rue Faidherbe
75011 Paris
Métros Charonne ou Faidherbe-Chaligny

6 commentaires:

MrMeuble a dit…

D'abord je suis attristé de voir que tu es (plus ou moins directement) responsable de la fermeture de Rennes Musique ( qui a apparemment laissé une trace forte dans le cœur des rennais).

Mais aucun doute que dans le genre article promo, on ne fait guère mieux, tu m'as convaincu (surtout le coup de l'aveugle joueur de flipper et de la trappe je dois dire) et je vais fatalement aller voir si cette crémière est aussi bonne que l'assure Infrason.

Au plaisir

Infrason a dit…

Je reconnais effectivement ma culpabilité dans la fermeture de Rennes Musique. Et c'est l'une des raisons pour lesquelles je regrette finalement de ne pas être resté à Rennes.

Sinon je précise que je ne possède pas de parts dans la société Le Silence de la rue. A mon grand dam d'ailleurs.

En tout cas, je te conseille vraiment le détour dans ce magasin. Pendant ce temps-là j'irai m'acheter une étagère chez Monsieur Meuble.

Disso a dit…

Alors, oui, c'est très bien sûrement Le Silence de la Rue, mais pour ceux et celles (surtout celles) qui sont restées à Rennes, que faire? Si ce n'est aller pleurer rue Joffre devant ce qui fut un temple de la musique pointue et de bon goût...

Infrason a dit…

[réponse de droite] : il faut cesser de vous lamenter, chers Rennais, et d'attendre une quelconque assistance. C'est à vous de mobiliser vos capacités entrepreneuriales pour fonder un nouveau super-magasin.

Sinon, il y a toujours Rockin'Bones (7 rue Motte Fablet). Bon, là, c'est vraiment pour les garageux purs et durs.
Ce magasin est incroyable dans son genre : je n'ai jamais compris comment le gars pouvait gagner sa vie dans une boutique cachée au fond d'une cour et où il n'y a jamais un seul client.

heebooh a dit…

Bon plan ça. J'irai y faire un tour, ne serait-ce que pour tester le système de la trappe en leur demandant si oui ou merde ils ont reçu le dernier CD des Enfoirés.

Alex Twist a dit…

à paris il y a aussi Born Bad, et plus généraliste mais quand même recommandé Gibert à St Michel!

j'aime assez aussi le silence de la rue, et c'est vrai que les prix sont très honorables, et la sélection vraiment "personnelle", une boutique avec une vrai politique éditoriale en fait

dans l'occaz Silly se défend, il y a aussi plus de bruit, mais un peu cher à mon gout :)