lundi 5 novembre 2007

Public nuisance

Méfions-nous des apparences. S'il vous arrivait de tomber par hasard sur l'album Gotta survive de Public nuisance (ce qui, de toute façon, a peu de chance d'arriver), voilà à peu près ce que vous penseriez :

-Quelle apparence étrange! L'un d'eux a quasiment un look gothique avec un bouc en fourche et une chevelure vampire. Son compère sur la baignoire ressemble à un immigré costaricain, moustache hidalgo et nuquette désordonnée faisant foi. Un troisième larron, au fond, ferait plutôt petite frappe de la fin des années 1970 avec son gros blouson et sa pose menaçante. Enfin, le dernier de ces messieurs pourrait être un texan endimanché surgi des années 1890. En fait, tout cela est faux : nous avons à faire ici avec un groupe 60s.

-S' il s'agit d'un petit groupe ricain de la fin des années 1960, c'est sûrement un de ces énièmes combos garage entendus sur les compilations Nuggets ou Pebbles. L'album contient certainement une 735 038e reprise de "Louie Louie" et une floppée de chansons à deux ou trois accords. Et puis avec un nom comme Public nuisance, attendons-nous à une musique sauvage, sorte de préfiguration des Stooges ou du MC5. Tout cela est encore faux : le morceau "7 or 10", ici en écoute, est une ballade folk des plus délicates, servie par une mélodie douce et somptueuse à la fois, plus proche d'un Neil Young ou d'un Nick Drake. Public nuisance ne ressemble à rien de connu : sa musique est trop riche et éclectique pour être réduite à du garage. Nous saurions plutôt parler d'un groupe Pop, dans le sens noble du terme ; comme Love, les Byrds ou les Doors.

-Avec des chansons de cette qualité, il doit s'agir, sinon d'un groupe à succès, au moins d'un groupe culte. Non, même pas : leurs seuls enregistrements n'ont été publiés qu'en 2002 et, tout cela, à cause d'un des plus célèbres crimes du XXe siècle.
Explications : Public nuisance signa en 1968 sur le label Equinox, dirigé par le célèbre producteur Terry Melchers. Ils effectuèrent alors deux sessions d'enregistrement. Ce même Terry Melchers refusait au même moment de produire la musique d'un illuminé nommé Charles Manson. Gourou d'une secte appelée "La famille", celui-ci décida de se venger en envoyant ses adeptes massacrer la maisonnée de Melchers. Or, sa villa californienne venait d'être vendue à Roman Polanski et sa femme, l'actrice Sharon Tate (la Sarah du Bal des vampires). C'est donc Mme Polanski, enceinte de 8 mois et demi, ainsi que 3 autres persnonnes qui subirent le couroux du gourou, le 9 aôut 1969. Ébranlé, Terry Melchers cessa ses activités, laissant les bandes de Public nuisance au placard pour 34 années.


Public nuisance - 7 or 10
(site ici, acheter à la Fnac)

3 commentaires:

Dominique a dit…

Ca n'a rien à voir avec l'article ci-dessus, mais je devais t'en faire part : les ancêtres des Aislers Set se nomment les Henry's Dress, et ils tuaient déjà tout :

http://profile.myspace.com/index.cfm?fuseaction=user.viewprofile&friendID=48980706

MrMeuble a dit…

Histoire tout a fait épatante, et chanson superbe!

Pilou72 a dit…

Voilà quelques mois que je m'étais juré de parcourir votre site...

"Holy Man", quelle grande chanson quand même...

Bonne continuation,

Sébastien