jeudi 9 décembre 2010

La minute Yéyé (8) : Elsa Leroy / Delphine

Vous attendiez ce moment depuis une éternité (deux ans pour être précis) mais, bonne nouvelle, Infrasons renoue aujourd'hui avec la glorieuse tradition de la «Minute Yéyé». Et puisque nous avons du retard à rattraper, deux pépites sont au programme ; même le Père Noël ne saura vous en offrir autant.

Delphine


Mélanger deux chanteuses dans un même article : voilà qui peut sembler un peu brouillon et indigne d'un blog aussi respectable qu'Infrasons. Détrompez-vous, ce choix s'appuie sur une réflexion éditoriale mûrement pensée et repensée. Car, voyez-vous, il y a un thème précis aujourd'hui : nous allons vous présenter deux chanteuses francophones qui ont repris, et même sublimés, des morceaux américains oubliés en y mêlant savamment pop gentille et psychédélisme orientalisant.

Honneur à la Belgique tout d'abord avec Delphine et «La fermeture éclair». Le morceau n'est pas, à proprement parler, une reprise puisqu'il reprend les bandes instrumentales enregistrées par le groupe We the People pour leur morceau «In the Past» ; Delphine substitue simplement sa voix à celle du chanteur américain.

Voilà qui ouvre une parenthèse sur We the People, groupe qui a bénéficié d'une petite renommée en Floride au milieu des années 1960, avant d'être redécouvert quelques années plus tard par les archéologues du rock, séduits par la nervosité et par l'entrain de leurs enregistrements. Parmi la myriade des groupes garage 60s, We the People avait une arme secrète : un instrument unique fabriqué par le grand-père d'un de leurs amis. Appelée «Octachord», cette curiosité, entre le sitar et la mandoline, produisait un son qui seyait parfaitement à la vague psychédélique de 1966.

Par quelle miracle cette chanson s'est-elle retrouvée en Belgique, reprise par une dénommée Delphine ? Cela reste un mystère. Ce qui est certain, en revanche, c'est que les producteurs de la demoiselle ont su fait bon usage de ces bandes sonores. Car cette version dépasse le statut d'«amusante curiosité» dans lequel on classe généralement les reprises Yéyé. Cette fois, il s'agit d'un chef-d'oeuvre, et les paroles intelligentes et prudes (qui ne sont pas sans rappeler le «J'suis d'accord» de Françoise Hardy) ajoutent au mystère distillé par l'«Octachord».

Delphine - La fermeture éclair (1966)
(Acheter Pop à Paris, volume 1)

Elsa Leroy


Mai 1965 : Elsa Leroy est au sommet du monde ; les portes de l'Olympe semblent s'ouvrir à elle. Véritable élue parmi les mortels, elle vient de recevoir le titre de «Mademoiselle Âge Tendre», glorieuse distinction décernée par le magazine du même nom (une sorte de «Jeune et Jolie» des temps anciens).

Auréolée de ce nouveau statut, elle est immédiatement entraînée dans les studios pour y enregistrer un 45 tours. Coup de chance, les margoulins qui suivent sa carrière ont du goût et lui font reprendre une chanson des Beau Brummels : «Just a Little» (repabtisée «Mieux vaut tard que jamais»). Avec cette ballade folk carillonnante, le groupe de San Francisco vient d'obtenir un joli succès aux Etats-Unis et est en train de poser les jalons de la nouvelle scène californienne (aux cotés des Byrds).

Mais Elsa et ses producteurs ont décidé de faire encore mieux : la rythmique est légèrement accélérée, le son est «orientalisé» de façon à couvrir la chanson d'un voile psychédélique ; et puis Elsa Leroy a une voix bien plus jolie que le chanteur des Beau Brummels.

A l'instar de Delphine, Elsa Leroy n'a finalement pas connu le succès. C'est un peu dommage, mais cela ne nous empêche pas de réécouter, 45 ans plus tard, ces deux chansons toutes choux et toutes chouettes.

Elsa Leroy - Mieux vaut tard que jamais (1966)
(acheter Sixties girls, volume 5)
Delphine - La fermeture éclair

dimanche 21 novembre 2010

Kevin Hickel / Arnald Paul

Si vous souhaitez tester la franchise de vos amis, demandez-leur s'ils connaissent un chanteur nommé Kevin Hickel. Ceux qui vous répondrons qu'ils adorent ou qui sortiront une lâcheté du type «Je connais de nom, mais je ne sais plus exactement ce qu'il fait» sont d'abominables menteurs, et vous pourrez les rayer immédiatement de vos contacts Facebook.

Car personne ne connaît Kevin Hickel et personne ne connaît Arnald Paul non plus (puisqu'il s'agit de la même personne). Ce personnage est une énigme, un génie fantomatique dont l'existence ne nous est révélée que par deux ou trois mentions sur internet (aucune photo n'est même disponible). Décidé à éclaircir ce mystère, Infrasons enquête aujourd'hui sur cet homme. Adeptes du journalisme total, nous nous inspirerons du musicologue Tom Hoskins qui, dans les années 60, avait entrepris de retrouver un musicien oublié (Mississippi John Hurt) avec, pour seuls indices, des enregistrements vieux de 35 ans (tout ceci étant raconté dans un article précédent).

Récapitulons les maigres informations dont nous disposons sur le chanteur, ces indices provenant surtout d'un article publié il y a cinq ans sur le site Little Hits.

Originaire de Lawrence, dans le Kansas, Kevin Hickel a officié entre 1986 et 1989 dans le groupe Everywhere. Il y pratiquait une pop psychédélique et carillonnante largement inspirée des Byrds. Depuis, il compose et enregistre des morceaux chez lui, assurant seul l'ensemble des parties instrumentales. À l'exception d'une reprise des Raspberries (sortie en 1996 sur une compilation destinée à rendre hommage au groupe de Cleveland), aucun de ses morceaux n'a été publié.

Rare témoignage de son œuvre, «The Traveling Troupe of Simon Smart (Two Bits)» date, semble-t-il, du début des années 1990. La beauté de cette ballade tanche avec le caractère effrayant de ses paroles puisque Kevin Hickel y déclame le discours de Simon Smart, forain sans scrupule qui appelle la foule à venir voir ses «monstres humains». Pour seulement 50 cents, grands et petits sont invités à se moquer, entre autres, d'un nain de 40 centimètres, d'un géant, de soeurs siamoises et, clou du spectacle, du fameux homme éléphant. Simon Smart insiste : «Si vous pensez que rien ne sort de l'ordinaire dans ce monde, venez jeter un oeil à ces monstruosités humaines».

Rebaptisé Arnald Paul, Kevin Hickel a continué a enregistrer des morceaux dont la ressemblance avec l'œuvre de Syd Barrett est absolument frappante : timbre monocorde, arrangements acoustiques, charme dissonant, mélodies enfantines et psychédéliques, tout rappelle les chansons du premier chanteur-compositeur de Pink Floyd (dont la santé mentale avait provoqué un départ du groupe avant que ses collègues n'empruntent une autre voie musicale et ne connaissent le succès).

C'est le point sur lequel j'aimerais insister : Kevin Hickel démontre un talent épatant sur chacun de ses morceaux. La ressemblance avec Syd Barrett est si étonnante qu'elle me ferait presque penser qu'il s'agit de la même personne. D'ailleurs, personne ne sait ce que Syd faisait vraiment durant les 15 dernières années de sa vie. Soi-disant reclu chez sa mère, je me demande s'il ne faisait pas parfois un petit tour dans le Kansas...

lundi 8 novembre 2010

Janski Beeeats


Janski Beeeats est un personnage de BD créé par le dessinateur Jansé. Pour résumer le synopsis, l'humanité sera décimée dans 1 000 ans par un terrible virus qui transformera la population en monstres dégénérés. Mais une poignée de privilégiés tentera de se soustraire à ces embêtements en se réfugiant dans une citadelle grandiose nommée Tower City. Le visage déformé par le virus, le dénommé Janski tentera alors de pénétrer dans la ville afin de trouver un traitement. Je raconte très mal, mais tout est expliqué ici.

Ce qui nous intéresse surtout à Infrasons, c'est que Jansé est également un bidouilleur électronique et qu'il a créé pour son personnage un véritable univers musical, dans la plus pure tradition chiptune (je vous avais expliqué ce que c'est que le chiptune dans un autre article ; il s'agit d'une scène inspirée par la musique de jeu vidéo des années 1980-90).

Parmi les enregistrements de Jansé, le morceau «Tous les méchants doivent mourir» a, à juste titre, retenu mon attention. Certes, on peut regretter l'excessive longueur du morceau (1 minute 15 avant qu'il ne démarre réellement), défaut récurrent dans la scène électronique (à trop aimer les machines, on les rend trop bavardes), mais une fois le morceau lancé, il est inarrêtable ! Il me fait penser à un Super Mario qui se serait gavé de Juvamine et qui s'entraînerait à la boxe pour aller mettre une raclée à Sonic. Bref, faites attention à l'abus de Juvamine et écoutez plutôt Janski Beeeats.


mardi 26 octobre 2010

Et si on changeait de disque ?

En partenariat avec Infrasons, M6 diffuse dès la semaine prochaine une nouvelle émission appelée Et si on changeait de disque ? Le concept est simple : après nous avoir appris à acheter une maison, à la redécorer, à la ranger, à la revendre, à trouver un conjoint, à élever nos enfants, à dresser notre chien, à cuisiner, à tuner notre voiture, M6 souhaite désormais refaire notre éducation musicale.

Grand amateur de cette chaîne et de la production télévisuelle en général, Infrasons ne pouvait rester insensible à la main tendue par Nicolas de Tavernost et Valérie Damidot. Aussi, après plusieurs mois de tournages, nos deux groupes sont fiers de vous présenter un extrait de l'émission qui sera diffusée jeudi prochain à 20h45.




Jean-Pascal : un homme brisé par
des goûts musicaux abominables










À 32 ans, Jean-Pascal pourrait être un homme comblé. Marié à Laurence et père d'une petite Élodie, il partage ses loisirs entre ballades en VTT et barbecues en famille. Pourtant, un véritable drame ronge sa vie : Jean-Pascal a des goûts musicaux déplorables. Manque de temps, paresse, mauvaises habitudes, telles sont les excuses invoquées par l'intéressé pour expliquer cette situation : «J'écoute toujours les mêmes CD depuis une quinzaine d'années : U2, Florent Pagny, ERA, Notre Dame de Paris et les comédies musicales en général. J'ai grandi avec ça : ils font partie intégrante de ma vie. J'ai besoin d'eux».

Pourtant, lorsqu'il perd son emploi il y a 2 ans, Jean-Pascal se rend compte à quel point ses goûts musicaux le conduisent à la dérive : «Je travaillais comme informaticien et partageait mon bureau avec onze personnes. Plusieurs fois, des collègues sont allés voir ma Direction et se sont plaint du fait que j'écoutais Christophe Maé, Muse ou Evanescence sur mon lieu de travail. Après une rapide enquête, j'ai été licencié. Les Prud'hommes m'ont refusé le versement d'une indemnité, estimant que j'avais commis une Infraction au Bon Goût de catégorie 8».

Après une période de doute, Jean-Pascal décide enfin de se prendre en main et d'aborder la musique avec respect : «Au début, je ne voulais pas entendre parler de coaching musical. J'avais perdu toute confiance en moi et je me sentais absolument incapable de différencier une bonne chanson d'une mauvaise. Finalement, ce sont mes amis et ma femme qui m'ont incité à contacter l'équipe M6-Infrasons».

Première mission pour notre équipe de choc : apporter à Jean-Pascal les bases théoriques nécessaires à son éveil musical. Décidés à offrir une formation de qualité à cette âme perdue, nous l'invitons à se plonger dans les ouvrages de référence («Revolution in the Head, the Beatles' Records and the Sixties» de Ian MacDonald, «Garageland» de Nicolas Ungemuth, «Héros oubliés du rock'n'roll» de Nick Tosches, «Psychotic reactions & Autres carburateurs flingués» de Lester Bangs, «Sweet Soul Music» de Peter Guralnick).

Nous complétons l'instruction de Jean-Pascal par un abonnement au magazine Shindig ! et par la lecture complète du site PlanetGong.

Seconde étape, maintenant : réaménager l'intérieur de chez Jean-Pascal. À l'aide de l'équipe D&Co, nous installons un tourne-disque et des enceintes de qualité dans son salon.




Avec un tourne-disq
ue, le salon de Jean-Pascal prend tout de suite
une autre allure !






Parallèlement, nous prenons tous les CD de Jean-Pascal et nous les accrochons aux branches de son cerisier. Outre son aspect original, cette décoration protégera les cerises du jardin en faisant fuir les oiseaux grâce à un habile jeu de réflexion des rayons de soleil. Et nul doute qu'un disque de Coldplay saura effrayer les plus voraces des volatiles !



C'est parti pour notre équipe jardinage ! Accrochés au cerisier, les anciens CD de Jean-Pascal mettront en fuite les oiseaux !






Dernière étape : aider Jean-Pascal à se constituer une discothèque digne de ce nom. En route pour les bonnes adresses : Le silence de la rue, Born Bad, Gibert-Joseph : Jean-Pascal apprend à discuter avec des vendeurs passionnés et compétents. Les premiers résultats ne se font pas attendre puisqu'il achète aussitôt quatre albums de grande classe :

P.P. Arnold - The First Cut is the Deepest (1967)
(extrait de The First Cut)
Meteors - My Daddy is a Vampire (1981)
(extrait de Meteor Madness)
Go - Invisible Friends (2007)
(article Infrasons / extrait de Howl on the Haunted Beat You Ride)
Harlem - South of France (2008)
(extrait de Free Drugs)

Six mois plus tard, nous décidons de revenir chez Jean-Pascal afin d'observer les changements survenus dans son existence. Jean-Pascal est-il retombé dans ses travers ? A-t-il pu retrouver une vie sociale normale ? Comment sa famille a-t-elle vécu ces transformations ? Autant de questions auxquelles l'émission de jeudi prochain s'attachera à répondre !

Note : vous aussi, participez à l'émission Et si on changeait de disque ? en vous inscrivant sur le site de l'émission !

lundi 27 septembre 2010

Bikini Machine


Connu pour ses accointances avec la mafia rennaise, Infrasons ne pouvait pas passer sous silence les enregistrements de Bikini Machine. Rennes, rappelons-le, c'est la ville où tout se passe aujourd'hui : Dadds, Mondo Bizzaro, Rockin' Bones, autant de noms qui se murmurent dans la ville et qui se propagent dans les cercles d'initiés.

Dans cette ville de violence où la Mort joue à cache-cache avec votre vie (pour paraphraser Riad Sattouf), Bikini Machine a su se bâtir une réputation très flatteuse. Hommes de goût, les membres du groupe mélangent savamment sonorités sixtises et petits effets électroniques, le tout avec un vrai sens de la production et du mixage.

«Où vont les cons ?» révèle ainsi un travail de studio remarquable qui met en avant la basse vrombissante et la guitare feuze bondissante. Aussi étonnant que cela puisse paraître, les paroles ont été écrites par le chanteur Mickey 3D, groupe médiocre s'il en est.

Quelques années plus tôt, Bikini Machine avait sorti un disque de reprises de Jacques Dutronc, s'en donnant notamment à cœur joie sur «Le responsable», chef-d'œuvre rageur de l'homme au cigare.

Bikini Machine - Où vont les cons ? (2009)
(acheter Bikini Machine joue Dutronc)
Bikini Machine - Le responsable (2005)
(acheter The Full Album chez Gibert Joseph)

Et un petit bonus pour vous prouver combien Infrasons vous aime :

Delmonas - Dr. Goldfoot and his Bikini Machine (1986)
(acheter Delmonas 5)

jeudi 23 septembre 2010

Teenage Filmstars


Aujourd'hui je voudrais faire appel à la mémoire de mes fidèles lecteurs ; et quand je dis fidèles lecteurs, je veux parler de mes bons vieux grognards, de cette poignée de braves qui a fait les campagnes de Chine et d'Éthiopie. Je les invite à utiliser leurs super-pouvoirs pour se souvenir d'un article qui a été publié sur les Television Personalities. Ils se rappelleront alors que les membres de ce groupe jouaient dans un groupe parallèle appelé Teenage Filmstars.

Or, une chanson de Teenage Filmstars trotte dans ma tête depuis quelques jours ; elle se nomme «There's a Cloud over Liverpool» et elle déploie tout le charme minimaliste que peut avoir une chanson enregistrée dans une cuisine de HLM à briques rouges.

Visiblement destinée à brosser l'Anglais dans le sens du poil, cette petite historiette s'attache au quotidien d'un jeune Liverpuldien en décrivant une semaine marquée par l'ennui, les virées au pub et les exploits du Liverpool FC. Car nous sommes en 1979 et seul le football parvient à ensoleiller une ville frappée par le chômage et la crise sur les docks.

D'une façon tout à fait curieuse, «There's a Cloud over Liverpool» fut interprétée, peu après sa sortie, comme un hommage à John Lennon (assassiné en 1980). C'est un peu anachronique pour une chanson sortie alors que le Beatles au nez crochu gambadait encore comme un cabri, mais cette idée me plait beaucoup. Car, effectivement, un nuage plane au-dessus de Liverpool.

Teenage Filmstars - There's a Cloud over Liverpool (1979)
(extrait de O Level. A Day in the Life of Gilbet & George)

mardi 7 septembre 2010

Shining Twins / Girls at Dawn

Depuis deux ans, les Etats-Unis disposent d'une scène rock aussi foisonnante que talentueuse. De San Francisco (Fresh & Onlys, Ty Segall, Oh Sees) à New York (Crystal Stilts), une multitude de groupes réinventent un son surfant et enthousiaste, parsemé de touches psychédéliques et caverneuses. Initié, comme souvent, par des garçons teigneux, le mouvement gagne maintenant les lycées de jeunes filles ; les Shining Twins et les Girls at Dawn symbolisent cette nouvelle tendance.


Les Shining Twins


Visiblement marquées par un célèbre film d'épouvante de Stanley Kubrick, ces deux fausses jumelles ont tout l'air d'être des mauvaises filles. De très mauvaises filles même si l'on en juge par leur son primaire, leurs costumes ensanglantés et leur verbe cru. Méfions-nous donc de ces visages et de ces voix angéliques : ce pourraient bien être les petites soeurs du regretté Jay Reatard.

Shining Twins - Stix + Stonez
(extrait de This is Dumb)



Les Girls at Dawn


Les soucis de voisinage ont parfois du bon. Parce qu'elles ne voulaient pas déranger les occupants de leur immeuble new-yorkais, les Girls at Dawn s'évertuaient à adoucir leurs compositions pourtant très rythmées et enjouées. De là est né ce son si particulier, au chant tout en retenue, plutôt psychédélique, parfois dissonant, inspiré par le premier album de Pink Floyd (The Piper at the Gates of Dawn dont le titre a aidé les filles à choisir le nom de leur groupe). Plus sages et plus pop que leurs cousines des Shining Twins, les Girls at Dawn pourraient bien faire parler d'elles prochainement.

Girls at Dawn - A Secret
(extrait de l'album Call the Doctor, Norton Records)


lundi 23 août 2010

Hacienda


Comment prolonger un été qui touche à sa fin ? En écoutant Hacienda. Chic, pensez-vous, voilà quatre mariachis qui vont nous faire danser dans la plus pure tradition mexicaine. Et bien c'est raté : nos quatre Chicanos sont plutôt branchés pop psychédélique et blues. Tant mieux d'ailleurs, puisqu'ils pratiquent cet art avec une facilité et un talent actuellement inégalés.

Produit par Dan Auerbach qui s'affirme comme LE producteur psychédélique du moment (le chanteur-guitariste des Black keys avait déjà travaillé avec Brimstone howl), Hacienda épate par la qualité de ses mélodies et de ses choeurs, amplement inspirés des Zombies et des Beatles. Pas de doute, Hacienda est le groupe le plus enthousiasmant depuis Little joy.

Hacienda - I keep waiting (2010)
(acheter Big red and barabacoa chez Soundflat)
Hacienda - She's got a hold on me (2008)
(acheter Loud is the night chez Soundflat)
Hacienda - Little girl [session Hear ya] (2009)

dimanche 25 juillet 2010

Interview musicale de Nicolas Sarkozy


Infrasons inaugure aujourd'hui une nouvelle formule : l'interview musicale des personnalités qui font l'actualité. Mettant à profit notre carnet d'adresse épais comme une tranche de jambonneau, nous interrogeons aujourd'hui Nicolas Sarkozy, tout heureux de nous recevoir et de nous présenter ses disques préférés.


Infrasons : quel est le premier disque que vous avez acheté ?
Nicolas Sarkozy : je m'en souviens bien, c'était en 1967 ou en 1968, je devais avoir 12 ans. La veille, j'avais lavé la voiture de mon père et, pour la première fois, il m'avait donné un peu d'argent de poche. Je m'étais précipité pour acheter un 45 tours des Who : "Pictures of Lily".

Who - Pictures of Lily (1967)
(acheter My Generation, the very Best of the Who à la Fnac)





"Les Who étaient meilleurs
que les Beatles"





Infrasons : vous a
imiez donc déjà les Who ?
Nicolas Sarkozy : j'étais fou de ce groupe. Pour moi, les Who étaient meilleurs que les Beatles. J'aimais toute cette scène Mod anglaise, Creation, Small Faces, ils avaient un son tellement nerveux, explosif, avec des mélodies ciselées au millimètre. Leurs disques n'étaient pas faciles à trouver en France, mais j'avais un fournisseur : le père d'un ami qui était diplomate et qui voyageait souvent à Londres. A chaque fois, nous lui demandions d'écouter ce qui passait à la radio anglaise et il nous ramenait un ou deux disques. Notre chance, c'est qu'il avait bon goût. C'est lui qui a forgé ma culture musicale !


Infrasons : Ecoutiez-vous autre chose que des groupes Mods ?
Nicolas Sarkozy :
pas vraiment. Dès que les groupes anglais ont tourné bluesy et hard au tournant 60s-70s, je n'accrochais plus tellement. J'ai eu un certain désintérêt pour la musique à cette période. Il a fallu attendre l'arrivée du Glam-rock pour que la flamme se ravive.




"J'ai toujours eu un petit faible pour le rock crétin
"







Infrasons : le Glam ? David Bowie ?

Nicolas Sarkozy : Oui, entre autres. Mais j'étais surtout fan de Sweet. J'adorais leur style efféminé, outrancier, leurs cheveux longs et leurs costumes scintillants à paillettes. C'était vraiment de mauvais goût, mais j'ai toujours eu un petit faible pour le rock crétin (rire).

Sweet - The Ballroom Blitz (1973)
(acheter Greatest Hits sur Amazon)


Infrasons : on vous imagine plutôt écouter Johnny Halliday ou Enrico Macias...
Nicolas Sarkozy : on l'oublie souvent mais le Johnny des débuts était un tueur. C'était notre Elvis à nous ! Un morceau comme "Laisse les filles" me donne toujours envie de twister et de claquer des doigts. Après, bien-sûr, ça fait longtemps qu'il n'a plus sorti de bon disque. Je n'hésite pas à lui dire d'ailleurs ; car qui aime bien châtie bien. Quand à Enrico Macias, c'est évidemment un ami, mais ça ne veut pas dire que j'écoute ce qu'il fait (rire).

Johnny Halliday - Laisse les filles (1960)
(acheter Mes jeunes années à la Fnac)


Infrasons : votre fils aîné, Pierre, est producteur de rap. C'est vous qui l'avez initié au hip-hop ?
Nicolas Sarkozy : ce doit être une question de générations, mais le rap n'est pas la musique vers laquelle je vais naturellement. J'écoute les Beastie Boys ou IAM, mais je garde une préférence pour le rap du début des années 80 : Sugarhill Gang ou Harlem World Crew. A cette époque, le rap était encore frais et funky. Je suis surtout heureux que Pierre s'investisse dans un domaine qui le passionne. C'est à lui de tracer sa voie.

Harlem World Crew - Rappers Convention (1980)


Infrasons : y a-t-il un concert qui vous a marqué ?
Nicolas Sarkozy : oui, mon premier concert. Kevin Ayers était venu jouer à la fac de Nanterre ; je devais avoir 17 ou 18 ans. Ce garçon avait un talent immense : il savait écrire des chansons fabuleuses, un peu comme Syd Barrett à la même époque. Quand il est sorti de sa retraite, il y a trois ans, et qu'il a enregistré un nouvel album, j'étais fou de joie ! De tous les allumés psychédéliques qui ont marqué cette période, ce doit être le seul à avoir bien tourné.

Kevin Ayers - Town Feeling (1969)
(site / acheter Joy of a Toy chez Gibert-Joseph)


Infrasons : à 22 ans, vous êtes élu conseiller municipal de Neuilly. Peut-on être dans la politique tout en continuant à écouter du rock'n'roll ?
Nicolas Sarkozy : bien-sûr, surtout quand on a un gugusse comme Brice [Hortefeux] dans son entourage ! Lui, il est incollable : il connait tous les bons disques. Je l'ai connu juste au moment où la vague punk a déferlé. Brice était à fond là-dedans: il se mettait de la colle UHU dans les cheveux pour avoir l'air ébouriffé ; comme Johnny Rothen ! Il m'avait entraîné au festival punk de Mont-de-Marsan où on avait vu les Clash, les Damned ou Marie et les Garçons. Au retour, il n'avait qu'une idée en tête : monter un groupe nous aussi. On a bien essayé le temps de deux ou trois sessions [Note : le groupe s'appelait Effraction et était composé de Brice Hortefeux au chant, Guy Lloras à la guitare, Nicolas Sarkozy à la basse et Jean-Noël Sarroni à la batterie] mais, sincèrement, il valait vraiment mieux que l'on se cantonne à la politique (rire).



"Brice sautillait sur place en battant la rythmique sur son volant"






Infrasons : on ne c
onnaissait pas Brice Hortefeux sous cet angle !
Nicolas Sarkozy :
j'ai fait les quatre-cent coups avec lui. J'aurais des milliers d'anecdotes à raconter ! Je me souviens par exemple de la campagne présidentielle de 1995. Nous sillonnions tous les deux la France dans sa 306, allant de meeting en meeting. Il fallait souvent rouler la nuit alors, pour ne pas s'endormir, on passait Helen Love à fond. J'adore cette chanteuse, c'est totalement idiot, mais je ne connais rien qui mette autant la pêche ! Brice sautillait sur place en battant la rythmique sur son volant. Avec tout le café et le Guronzan qu'on prenait, on était comme fous. Je me souviens de la tête des gendarmes qui nous avaient vu traverser un village à 3 heures du matin, la musique à fond et moi qui secouait frénétiquement le bras par la fenêtre (rire). Quelle époque, quand-même !

Helen Love - Girl about Town (1995)
(acheter Radio Hits, vol.2 chez Damaged Goods)


Infrasons : et aujourd'hui, qu'est-ce qu'écoute Nicolas Sarkozy ?
Nicolas Sarkozy :
il y a plein de choses intéressantes en ce moment. Je pense à tout ce mouvement néo-psychédélique qui nous vient de la Côte-Ouest : des groupes comme White Fence, les Fresh & Onlys ou les Oh Sees. C'est étonnant d'ailleurs que le mouvement réapparaisse précisément en Californie, là où tout a commencé. L'Histoire est un éternel recommencement.

White Fence - I'll Follow You (2010)
(acheter White Fence sur Amazon)




"Il n'y avait plus de
tourne-disque à l'Elysée
depuis 1992 !"







Infrasons : à propos de recommencement, plutôt MP3 ou vinyle ?

Nicolas Sarkozy :
vinyle évidemment ! Il n'y a même pas débat. C'est la première chose que j'ai fait installer quand j'ai pris mes fonctions de Président: une platine vinyle. Il n'y avait plus de tourne-disque à l'Elysée depuis 1992 ! Après, bien-sûr, et comme tout le monde, j'écoute des MP3. Cela reste le format le plus pratique. Ne serait-ce que pour écouter les morceaux que je découvre sur Infrasons ou sur d'autres blogs.


Infrasons : vous téléchargez illégalement des MP3 ? J'espère que les maisons de disque ne liront pas cette interview.
Nicolas Sarkozy :
la crise que traverse l'industrie musicale m'attriste car elle concerne des centaines ou des milliers d'emplois en France. Mais, sans ça, je ne vois pas pourquoi je plaindrais des entreprises qui nous infligent leurs horreurs depuis 30 ans ! Leur mauvais goût et leur cynisme auraient déjà dû les faire disparaître depuis longtemps. Réfléchissez à ça : dans les années 60, l'industrie du disque misait sur les Beatles ; aujourd'hui, elle continue à vendre des millions d'albums des Beatles. Dans les années 90, elle misait sur Ace of Base ; qui achète encore du Ace of Base aujourd'hui ? Personne. C'est aussi simple que cela : c'est une histoire de bon goût et de sensibilité artistique. Et puisque vous voulez aborder la question du téléchargement : oui, je télécharge, mais seulement des morceaux isolés, jamais des albums entiers. C'est ce qui me permet de découvrir des tas de groupes et de passer ensuite au Silence de la rue ou à Born Bad pour acheter les vinyles. Je suis un énorme acheteur de disques, et c'est grâce aux blogs musicaux.


Infrasons : dernière question : parle-t-on musique entre chefs d'état ?
Nicolas Sarkozy :
(rire) ce n'est évidemment pas notre principal sujet de conversation, mais ça peut arriver. Angela Merkel est assez branchée ska et rocksteady. Récemment, elle m'a fait écouter Toots et les Maytals que je ne connaissais pas du tout. Par contre, je n'ai jamais compris comment Silvio Berlusconi pouvait être fan de hard-rock néo-médiéval. C'est un éternel sujet de discorde entre nous car, franchement, qui peut écouter une horreur pareille ?!?

Toots & les Maytals - 54-46 Was My Number (1968)
(acheter la compilation 400% Dynamite à la Fnac)


Note : il y a un an, Nicolas Sarkozy nous avait déjà fait découvrir les excellents Brimstone Howl. Vous pouvez relire la chronique ici.

vendredi 16 juillet 2010

Les Vinyl Stitches


Vous ne le savez pas encore mais le meilleur groupe garage du moment s'appelle les Vinyl Stitches. Certes, ces Londoniens ne proposent rien de très nouveau, mais la classe qu'ils affichent sur scène et sur disque suffit à les sortir du lot.

Tous trois vêtus de noir : un bassiste impassible, sorte de Johnny Ramone porto-ricain, droit comme un hidalgo, une batteuse dont les cheveux roux s'envolent dans tous les sens et semblent recouvrir une bonne moitié de la scène, un chanteur-guitariste rageur et talentueux : leur son est sale mais leur jeu est juste.

Vinyl Stitches - Beautiful mistake (2009)