lundi 26 janvier 2009

Quelques souvenirs de 2008

Avant-propos : ce message est publié une seconde fois suite à un vilain tour joué par Anastasie et ses grands ciseaux ; alias la censure.

Comme en 2007, Infrasons finit l'année en vous dévoilant la liste des morceaux qui l'ont enchanté ces douze derniers mois.


Évidemment, l'événement fait trembler tout le petit monde de l'industrie musicale, chaque compagnie espérant que ses poulains pourront recueillir un ou deux lauriers.


Car si une poignée d'élus, récompensés par Infrasons, verront leur carrière décoller jusqu'à des hauteurs incommensurables, les absents de la liste ne pourront qu'assister, impuissants, à la décrépitude de leur carrière et de leurs espoirs. Ces malheureux n'auront plus qu'à retourner à leurs chères études de solfège, ruminant les pourquoi et les comment de leur défaite.


Mais cessons donc de parler des perdants, Infrasons demeurant, rappelons-le le blog de la France qui gagne. Et cette France, une fois n'est pas coutume, a fait plutôt bonne figure cette année. Des Second Sex à Vanessa Contenay-Quinones, plusieurs pépites ont fleuri dans notre petit hexagone ... en attendant le prochain album des Dadds.


D'une façon générale, ce fut plutôt une belle année, sonoriquement parlant. D'ailleurs, il n'a pas été nécessaire d'aller trop loin pour dénicher des perles musicales car même les radios ont pu nous régaler avec les Kills, Estelle, Gabriela Cilmi, Ting Tings, MGMT, Portishead, Vampire Weekend et consorts.

En espérant une année 2009 aussi productive, je vous souhaite un joyeux noёl et une heureuse santé.


● Erykah Badu - The healer
(site / acheter New Amerikah sur Amazon)
Le mélange asiatico-super funk de l'année.
● Barth - Global hero
(site / acheter Cuchillo chez Gibert-Joseph)
Le voix haut-perchée et éthérée de l'année.
● Black hollies - Under a winter's spell
(acheter Casting shadows chez Soundflat)
Le joyau psyché-pop de l'année, plein de feuze, de reverb', de phasage, et de tous ces effets sonores terribles.
● Cocosuma - Oh ruby sun
(site / acheter We'll drive homme backwards chez Gibert-Joseph)
La merveille 2008 capable d'évoquer un duo entre les Kinks et les Supremes.
● Vanessa Contenay-Quinones - Pourquoi pas
(site)
La chanson yéyé de l'année.
● Bart Davenport - Jon Jon
(site / acheter Palaces sur Amazon)
La ballade pop de l'année.
● Début septembre - Beg-meil
La meilleure chanson patronnée par l'Office pour la Promotion du Tourisme en Bretagne. Pebezh kanaouenn, paotred !
● Del Shannon - Gemini [remix de Pilooski]
Le remix de l'année et, accessoirement, les meilleures percussions martelantes jamais entendues sous nos tropiques.
●
Estelle et Kayne West - American boy
(site / acheter Shine chez Gibert-Joseph)
Le morceau Rythme et Bleu de l'année.
● Foxboro hot tubs - Mother Mary
(site / acheter Stop Drop and Roll !!! chez Gibert-Joseph)
La rémission de l'année ; celle qui a permis aux membres de Greenday, sous le nom des Foxboro Hot Tubs, d'expier leurs péchés, tel le brigand crucifié à la droite de Jésus. Comme quoi il n'est jamais trop tard.
● Liz Green - Midnight blues
(acheter Midnight blues chez Humble soul)
La délicate perle folk-blues de l'année.
● Housse de racket - Oh yeah
(acheter Forty love chez Gibert-Joseph)
La meilleure chanson de l'année pour jouer au tennis avec un polo Lacoste. Et, accessoirement, la façon la plus maline d'entrer dans les quotas francophones sans trop se fouler pour les paroles.
● Kills - U.R.A fever
(site / acheter Midnight boom chez Gibert-Joseph)
La bande-son de l'année pour aller braquer une banque avec Tarantino.
● Love is all - Wishing well
(site / extrait de A hundred things keep me up at night)
L'air totalement crétin mais absolument entraînant de cette année.
● MGMT - Kids
(site / acheter Oracular spectacular chez Gibert-Joseph)
L'hymne dansant bizarroїde de l'année.
● Jim Noir - Don't you worry
(site / acheter Jim Noir chez Gibert-Joseph)
Le morceau rétro-futuriste de l'année.
● Poney express - Paris de loin
(acheter Daisy Street chez Gibert-Joseph)
La chanson de l'année pour partir en vacances à la campagne.
● Portishead - Silence
(site / acheter Third à la Fnac)
La mélopée bossa-nova trip-hop de l'année.
● Rifles - I could never lie
(site / acheter le 45 tours I could never lie chez Soundflat)
La petite power-pop de l'année faite pour être chantée, dans quelques pubs anglais, autour d'une bonne vieille guitare.
● Second sex - J'ai couché avec le diable
(acheter Petite mort chez Gibert-Joseph)
Le titre garage qui, cette année, a aidé la France à recouvrer son rang dans le monde.
● Ting tings - Shut up and let me go
(site / acheter We started nothing chez Gibert-Joseph)
Le rythme de l'année pour brûler les pistes de danse.
● Vampire weekend - One (Blake's got a new face)
(site / acheter Vampire weekend chez Gibert-Joseph)
La chanson la plus décontractée de cette bonne année 2008.

dimanche 18 janvier 2009

J'ai aidé Patrick McGoohan à s'échapper

Bonjour chez vous.
Hommage aujourd'hui à Patrick McGoohan (alias Numéro 6), acteur et créateur de la série Le Prisonnier, disparu cette semaine. Rassurez-vous cependant : ce n'est pas la première fois que le Numéro 6 se fait passer pour mort pour prendre la poudre d'escampette et fuir le «Village».



« Où suis-je ?
-Au Village.
-Que voulez-vous ?
-Des renseignements.
-À quel camp appartenez-vous?
-Vous le saurez en temps voulu. Nous voulons des renseignements.
-Vous n'en aurez pas.
-De gré ou de force vous parlerez.
-Qui êtes-vous ?
-Le nouveau Numéro 2.
-Qui est le Numéro 1 ?
-Vois êtes le numéro 6.
-Je ne suis pas un numéro ... Je suis un homme libre.
-Mwahahahahihihoho !!! »


Teenage filmstars - I helped Patrick McGoohan escape
(site des Mod Pop Punk archives)
Jam - Away from the numbers
(acheter In the city à la Fnac)
Prisoners - Pretend
(acheter A taste of pink ! sur Amazon)


dimanche 11 janvier 2009

Les Halo Benders - Snowfall


Une chanson de saison aujourd'hui : «Snowfall» des Halo Benders, groupe indé des années 1990 dont je ne connais, à vrai dire, pas grand chose.

Pas grand chose sinon qu'ils dépeignent la chute des flocons avec la plus grande justesse et que, à les entendre, il me semble apercevoir une pluie de cristaux blancs flotter doucement sur la ville ; et que, à les entendre, je crois marcher dans une rue enneigée, le cou enfoncé dans le col, pressant le pas pour rejoindre ma chaumière. Une chanson de saison vous dis-je.


Halo Benders - Snowfall (1994)
(acheter God don't make no junk sur Amazon)

samedi 13 décembre 2008

Les Subsonics

Pascal D. ne sait plus combien il a de vinyles. La dernière fois qu'il avait entrepris de les compter, il y a deux ans, il en dénombrait 857. Mais compte tenu des dizaines de disques qu'il a achetés depuis, bien malin qui pourrait estimer sa collection aujourd'hui.

Sous les étuis en plastique qui, comme il se doit, protègent chacun des disques de Pascal D. se cachent un certain nombre de raretés. Par décence ou par goût du mystère, notre ami a pourtant toujours refusé d'avouer combien lui avait coûté sa première édition des enregistrements Sun d'Elvis en 1955 ; Pascal précise seulement que cet exemplaire est introuvable, même sur eBay.

Dans la mesure du possible, chaque disque figure en deux exemplaires dans sa collection : une version pour l'écoute et une version vierge que Pascal conserve sous cellophane, en se gardant bien de l'abîmer. Et s'il n'en possède qu'un seul exemplaire, il préfère ne pas l'écouter.

«Chez moi on n'écoute pas de cédés !» ai-je entendu plusieurs fois Pascal se fâcher devant des invités. Il faut dire que la platine Bang & Olufsen qui trône au milieu de son salon a fort bel allure. Elle constitue un écrin parfait pour toutes les pépites qui tapissent le mur de son appartement.

Tous les week-ends, Pascal nettoie ses disques en y vaporisant quelques gouttes d'eau distillée (l'eau du robinet laissant, selon lui, des dépôts calcaires épouvantables) et en les frottant délicatement avec une peau de chamois. Achetée toutes les deux semaines dans une petite boutique de la rue de Rome, celle-ci est destinée, initialement, au nettoyage des tubes de clarinette. Mais, pour Pascal D., il s'agit de la seule méthode décente pour entretenir les vinyles. Surtout, n'essayez jamais de lui parler de Sanotech, de Tergitol ou de tous ces produits chimiques : il en mourrait !

La collection de disques de Pascal D. fait rêver avec ses raretés Freakbeats de John's Children ou des Creation, avec son 45 tours pressé par les White Stripes à seulement 1000 exemplaires ou encore toutes ses raretés Soul ou spectoriennes.

Pourtant, il est un disque que Pascal D. n'a pas ; c'est Die Bobby Die des Subsonics. Et moi je l'ai ...

Subsonics - Don't answer the phone (2005)
Subsonics - Electricity (2005)
(site / acheter Die Boddy Die chez Soundflat)

dimanche 30 novembre 2008

La Minute Yéyé (7) : Gillian Hills / Catherine Ribeiro

Bonne nouvelle : la Minute Yéyé est de retour ! Et comme elle vous a fait languir ces derniers temps, elle sera double aujourd'hui avec, au programme, deux belles pousses, une blonde et brune. Point commun : elles ont toutes les deux mené de front une carrière d'actrice et de chanteuse.

Gillian Hills


Par quel truchement et par quel coup de Trafalgar retrouve-t-on Gillian Hills dans la Minute Yéyé, en entends-je déjà crier. En effet, voilà un nom qui évoque plus volontiers la perfide Albion que les collines bourguignonnes, les massifs armoricains ou les ouiches lorraines.
Pourtant, et j'insiste, ces accusations ne sont pas fondées : Gillian Hills est bel et bien française (avec quelques litres de sang briton tout de même) et, pour preuve, chante sans l'accent de Jane Birkin.

Maintenant que l'honneur de la demoiselle est rétabli, intéressons-nous à «Rien n'est changé», son dernier enregistrement. Pour ce disque, Gillian et ses producteurs décidèrent de la jouer façon Françoise Hardy, avec des arpèges mélancoliques et des paroles murmurées qui, on le devine, évoquaient de tragiques histoires de romances estivales et d'amours adolescentes brisées.

Gillian Hills - Rien n'est changé (1964)
(acheter Gillian Hills chez Gibert Joseph)


Catherine Ribeiro

À mes yeux, le «Rien n'y fait, rien n'y fera» de Catherine Ribeiro occupe une place particulière dans la galaxie yéyé ; en effet, il évoque de façon tout-à-fait frappante le célèbre film Misery (inspiré d'une nouvelle de Stephen King). Rappelez vous de cette histoire terrifiante d'un écrivain à succès qui, accidenté un soir de blizzard, est recueilli par l'une de ses admiratrices. Les jambes brisées et bloqué par les intempéries, il doit lutter contre les avances de cette folle furieuse qui, tour à tour, envisage de l'épouser et de le tuer.

Les paroles de Catherine Ribeiro corresponde parfaitement à la psyché de ce personnage, passionnée et psychopathe à la fois. L'impression est renforcée par la voix, disons un peu fausse, de Catherine. Quelque chose d'effrayant et de furieux se dégage en tout cas de cette chanson avec cet extraordinaire jeu de guitare feuze. Moi j'en frissonne ...

Catherine Ribeiro - Rien n'y fait, rien n'y fera (1966)
(site / acheter L'intégrale Femmes de Paris chez Soundflat)

lundi 17 novembre 2008

À bas Myspace !

À l'initiative du site Heebooh, une lutte mortelle vient d'être engagée entre Myspace et les combattants de la liberté. Ardent défenseur de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et de l'Informaticien, je ne pouvais demeurer indifférent devant ce combat de titans.





Moche, lent, affreux, absolument incompréhensible : Myspace est une horreur qui mérite de mourir. Certes, me direz-vous, ce site ne lèse personne puisqu'il est gratuit. Mais l'ennui est qu'il vampirise l'ensemble de la toile, distillant sa médiocrité dans toutes les strates de la société. Aujourd'hui par exemple, presque tous les groupes de musique se mettent à abandonner leur joli site Internet pour le remplacer par une page Myspace absolument nauséabonde ; itou pour les labels ou pour les salles de concert.

Bref, il faut réagir avant qu'il ne soit trop tard. Et c'est pourquoi je lance un Appel depuis Londres à tous les défenseurs du bon goût et des bonnes mœurs :

●À tous les musiciens : arrêtez de créer des pages Myspace ; faites plutôt des sites personnalisés ;
●Aux blogueurs : ne mettez plus de liens vers les pages Myspace ;
●À l'esprit diabolique et torturé qui a créé Myspace : repens-toi et Dieu te pardonnera ;
●Aux concurrents de Myspace : démenez-vous pour créer quelque chose de mieux ;
●À ceux qui continueront à utiliser Myspace : vous serez tondus à la Libération ;
●Aux informaticiens boutonneux : vous êtes moches ;
●Aux guics : faites l'amour, pas la guerre sur Starcraft ;
●Aux Dead Kennedys : enregistrez-nous une suite de votre fameux «MTV get off the air» («MTV, sors de l'antenne !») qui s'intitulera «Myspace get off the air».

Dead Kennedys - MTV get off the air
(site / acheter Frankenchrist sur Amazon)

Et comme, malgré tout, je suis bon prince, j'offre à tous les fans de Myspace leur hymne national :

(site / acheter Le Meilleur de Michel l'ingénieur informaticien chez Pudding)
Dead Kennedys - MTV get off the air

lundi 10 novembre 2008

Adam Green et Ben Kweller


Point de longs discours aujourd'hui : écoutons simplement la lumineuse reprise de «Kokomo» (des Beach Boys) enregistrée en 2003 par Adam Green et Ben Kweller.

L'association des deux chevelus avait dû paraître alléchante à cette époque.

D'un côté, le New-yorkais Adam Green (à droite sur la photo et voix grave sur le morceau), moitié des Moldy Peaches et tête de proue de la scène antifolk (c'est-à-dire néo-folk) du début des années 2000. Pour ceux qui ne sauraient pas, les Moldy Peaches s'étaient rendus célèbres grâce à leurs déguisements de lapins et grâce à leurs chansons déstructurées qui décrivaient le quotidien des jeunes loques new-yorkaises. Une sorte de réminiscence du Velvet Underground en quelque sorte.

De l'autre côté (donc à gauche sur la photo et voix aigüe sur le morceau), Ben Kweller, Texan émigré à New-York qui, avec son éternelle tête de 14 ans, sortait Sha Sha en 2002. Cet album avait marqué, tant par sa pochette (représentant Ben en plein brossage de dents) que par son contenu : une collection de joyaux pop digne d'un Paul McCartney.

Pareils curricula vitae pouvaient susciter bien des attentes. Mais l'éphémère duo sut se montrer à la hauteur avec une ballade parfaite (du moins sans le saxophone final), l'une des plus réussies de la décennie.

Adam Green et Ben Kweller - Kokomo
(site de Green / site de Kweller / acheter Jessica à la Fnac)

vendredi 31 octobre 2008

Jonathan Richman et les Modern Lovers


Avant de parler de «Jonathan Richman et des Modern Lovers», précisons que cette appellation ne désigne pas un groupe en particulier mais une succession de formations qui ont accompagné Jonathan Richman (à droite sur la photo) tout au long des années 1970. Qui est ce brave homme, essentiellement connu pour son rôle de ménestrel dans le film Mary à tout prix ? Simplement le personnage le plus sympathique et le plus attachant de l'histoire du rock. L'un des plus atypiques et des plus talentueux également.

Pourtant, Richman est l'antithèse parfaite du personnage rock, au sens «sexe, drogue et rock'n'roll» du terme. Jonathan Richman était, et est certainement toujours, un mec sain, souriant et éminemment gentil ; l'un des rares rockers que l'on souhaiterait avoir pour ami ou pour frère. Car il faut bien l'avouer, dans la vraie vie, je ne voudrais à aucun prix avoir Iggy Pop ou Johnny Rotten parmi mes proches !


Juif de la Côte Est (Boston), le jeune Jonathan se rendit à la fin des années 1960 à une performance du Velevet Underground, alors de passage à Boston, et en fut si retourné qu'il partit les suivre à New-York, conduisant leur bus et assurant à l'occasion leur première partie. Lorsque Lou Reed et John Cale quittèrent le groupe en 1970, Richman estima qu'il était temps de retrousser ses manches, de voler de ses propres ailes, et de se lancer à son tour dans la musique.


De retour à Boston, il forma les Modern Lovers avec, entre autres, son voisin John Felice (futur leader des excellents Real Kids), David Robinson (futur Cars) rejoints plus tard par Jerry Harrison (futur Talking Heads), c'est-à-dire, rétrospectivement, une belle brochette de champions.


La joyeuse bande commença à jouer à droite et à gauche devant les nombreux étudiants de la ville, Jonathan distillant toutes ses influences velvetiennes dans «Pablo Picasso» ou «I'm straight». Ce dernier morceau, avec sa guitare minimaliste, tranchante, et répétitive avait d'ailleurs le chic pour faire frémir la barbe de tous les babas pas si cools qui, à cette époque, garnissaient les campus :


«Écoute, je t'appelle à propos de Johnny, le hippie : il est tout le temps défoncé, il n'a jamais l'esprit clair. Je t'ai vue aujourd'hui te promener avec lui et, tu vois, il fallait que je t'appelle pour te dire que j'aimerais bien prendre sa place. Regarde : il est défoncé, Johnny le hippie ! Et ben moi, tu vois, je suis un mec sain et j'ai envie de prendre sa place ; je suis un mec sain !»

Jonathan Richman et les Modern Lovers - I'm straight

(acheter The modern lovers à la Fnac)



On le voit, à une époque où Yes, Jethro Tull et toute leur horde de hippies triomphaient, les Modern Lovers naviguaient un peu à contre-courant. Pis, lors de cette atroce période musicale que fut le début des années 1970 (la pire de l'histoire du rock), les Modern Lovers étaient quasiment les seuls à oser encore jouer du garage et du rock 60s à trois accords. La chance voulut qu'ils furent bons. Le garage, ils le réinventèrent même avec le frénétique «Roadrunner», souvent considéré (à tort) comme le premier morceau punk.


Autre air tourbillonnant datant de 1973 : «Government center», enregistré sous la houlette de Kim Fowley (le personnage le plus déjanté jamais interviewé par Rock'n'Folk). Voilà simplement l'une des chansons les plus entraînantes et les plus énergiques que je connaisse. Les paroles expliquaient justement comment le groupe ambitionnait de jouer sur la place centrale de Boston pour faire danser les secrétaires et leur faire coller leurs timbres en rythme. Tout ça démarrait sur une ligne de basse accrocheuse, relayée immédiatement par un orgue sautillant et par le timbre enjoué de Richman. Non, vraiment, on fait difficilement mieux en matière de rock'n'roll.


Jonathan Richman et les Modern Lovers - Government center

(acheter The modern lovers à la Fnac)


Ce côté garage et quelque peu sauvage ne doit cependant pas éclipser une autre facette qui, lentement, allait éclore chez les Modern Lovers. Le groupe prit en effet l'habitude de jouer dans des écoles primaires, des établissements psychiatriques, des hôpitaux pour enfants ou pour personnes âgées. C'est face à ces publics insolites que Jonathan Richman modifia petit à petit sa manière d'appréhender la musique.


L'électricité des premiers enregistrements commença à laisser place à des morceaux acoustiques, tout en douceur, sur lesquels Richman pouvait dévoiler son univers naïf et enjoué, enfantin même ; un univers dans lesquel il chantait tour à tour son amour pour les insectes ou pour la cloche du marchand de glace, accompagné par des sonorités caribéennes, orientales ou 50s.


Parmi les merveilles enregistrées à cette époque, Jonathan Richman dédia l'une de ses chansons à sa terre natale (la Nouvelle-Angleterre), peut-être le plus bel hommage jamais rendu à une patrie :


«Mesdames et messieurs, je suis allé à Paris, je suis allé à Rome, mais que pouvais-je bien y faire à part regretter mon pays ? Je suis allé à l'Ouest, en Californie, mais ma terre natale me manquait. Dum-de-dum-de-dum-de-dum-day, o-oh : la Nouvelle-Angleterre !»


Jonathan Richman et les Modern lovers - New-England

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Richman et ses garçons ont influencé toute une légion de punks, ils ont enthousiasmé toute une tripotée d'enfants et de grandes personnes. Mais cela ne doit pas nous faire oublier qu'ils étaient aussi et avant tout de remarquables musiciens. Il suffit, pour s'en convaincre, d'écouter les enregistrements de concerts datant de la fin des années 1970, et de remarquer la maestria dont faisait preuve Jonathan à la guitare ainsi que son aisance au chant.


Surtout, lui et ses musiciens parvenaient à jouer à l'instinct, ralentissant, s'arrêtant, repartant au gré des inspirations d'un Richman véritablement possédé par ce qu'il chantait, pleurant ou riant en plein morceau. Le groupe savait toujours s'accrocher à la bonne vibration, au bon flux, celui qui berçait et faisait danser à la fois. Et une fois le mojo attrapé, il ne le lâchait plus, en témoigne une mémorable version d'«Ice-cream man» au cours de laquelle le groupe, satisfait de son grouve, joua le morceau quatre ou cinq fois de suite devant un public hystérique.


Autre pépite enregistrée sur scène, «In the morning of our lives» figure parmi les plus belles chansons d'une discographie déjà remarquable. Ses paroles optimistes personnifient parfaitement le personnage de Jonathan Richman qui, rappelons-le, est le plus sympathique de l'histoire du rock.


Heureux les simples d'esprit, le royaume des Cieux est à eux.

Jonathan Richman et les Modern lovers - In the morning of our lives

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samedi 25 octobre 2008

Electrelane


--Sussex Machine - Une chronique de Nikki Mod --

Electrelane, groupe majeur formé en 1998, était composé de quatre filles de Brighton présentant des pathologies névrotiques assez prononcées. Elles eurent longtemps la réputation de donner des concerts terrifiants, faits de guitares acérées, de Farfisa apocalyptique, de chants féminins douloureux.

Sans virtuosité individuelle aucune, ces quatre frigides du Sussex commirent quatre albums, comme autant d'hommages à l'ère glaciaire ; tous à peu près aussi parfaits les uns que les autres ; tous utilisables comme «original soundtrack» d'une version trop moderne et sous Prozac des Vacances de Monsieur Hulot ; ou comme bande originale d'une dépression nerveuse, d'une crise de la quarantaine, d'un documentaire sur l'alcoolisme solitaire dans les cités universitaires de Paris et de l'ex bloc de l'Est.

Elles se sont séparées à l'automne 2007. Mais leur âme comme leur esprit doivent demeurer. À l'heure où d'autres écoutent Coldplay, à l'heure où de sombres incultes pensent encore que les «Muse» font du rock, cette heure qui est aussi celle où l'ont met MGMT en générique de Téléfoot faute d'en avoir compris les paroles, voici quelques extraits salvateurs de ce groupe apocalyptique ... Prenez et écoutez, ceci est la parole de Dieu livrée pour ses élus.

«At sea» : par on ne sait quel sortilège, ce morceau évoque les jouissives images d'un tsunami s'abattant sur La Baule un week-end du 15 août.

Electrelane - At sea
(site / acheter No shouts no calls sur Amazon)


«I loved you in the morning, before the sun would come», voilà qui ressemble un peu à des paroles des Kinks, comme d'ailleurs «All the things that I've done go around in my head», sauf que c'est une femme qui chante, qu'elle ne s'apelle pas Davies, et que les deux tiers des mods encore vivants sont atteint d'un cancer incurable du colon. On ne pouvait guère faire mieux compte tenu de l'époque et du climat qui, contrairement à ce que certains prétendent, se refroidit.

Voici «Birds» et «After the call», respectivement issus des deux albums les plus accessibles du groupe, The power out et No shouts no calls, par lequel il faut peut être commencer.

Electrelane - Birds
(acheter The power out sur Amazon)
Electrelane - After the call
(acheter No shouts no calls sur Amazon)

Enfin, parce qu'au fond Electrelane est une musique de résistant, on ne peut passer à côté de cette reprise primitive du Partisan, de Leonard Cohen.

Electrelane - The partisan
(acheter Axes chez Gibert Joseph)


vendredi 17 octobre 2008

Missy Elliott



Lorsque j'étais collégien, donc bête et ignare, il était inconcevable que j'écoute de la musique noire ; et a fortiori du hip-hop. Que voulez-vous, ça me semblait être de la musique bassement commerciale, c'était la voix de Skyrock, la bande-son des cités, le cri de ralliement des abrutis qui m'entouraient ; du moins une partie.

Pensant lutter seul contre ce magma infâme, je me faisais alors fors de rejeter tout ce qui ne ressemblait pas à de la Britpop ou à Nirvana car, voyez-vous, ça au moins c'était de la rage à l'état pur, des guitares et des mélodies acérées, des groupes qui jouaient eux-mêmes sur leurs morceaux. Bref, ça correspondait mieux à mon univers de petit blanc.

Oui, certes, je n'étais pas bien malin. Mais, ce qui est malheureux, c'est que beaucoup continuent aujourd'hui à épouser ce raisonnement, à fermer leur esprit à une musique et une culture qui leur échappe. C'est à eux que je dédie ce message car, et je le crie à la face du monde, il y a plein de trucs fantastiques dans la production hip-hop. J'ose même affirmer que le rap c'est comme une carotte, c'est meilleur râpé (-Jeu de mot à supprimer ; absolulent indigne de ce blog-).

Ces longs palabres nous donnent l'occasion d'introduire Missy Elliott, quintessence du rap s'il en est. Car, autant l'avouer tout de go, avec la Demoiselle E on est bien loin des délicates Clothilde, Evie Sands, Bettye Swann ou autres Mallory Hays.

Le son de Miss E, c'est du rude, du rugueux, du vulgaire, de l'ultra-direct, du gangsta-rap machiste à l'envers. Et encore, Dieu merci, nous ne comprenons que la moitié des paroles. «Si ta meuf n'assure pas, appelle-moi, [...] je suis pas une prostituée mais je peux te donner ce que tu veux» ; cet extrait de «Work it» résume plutôt bien ce autour de quoi tourne l'œuvre de Miss Elliott.

Pour ceux qui auraient encore des doutes, notez que le second morceau ci-proposé s'appelle «I'm really hot». Il s'agit d'un remix produit par un duo appétissamment nommé Ratatat. Ces deux électroniciens new-yorkais ont eu la bonne idée d'ajouter une ligne de basse vrombissante couronnées de petites notes de Farfisa si douces et bien choisies qu'elles transfigurent un hymne mégalo-dansant en une ballade dramatique et, je l'avoue, presque émouvante.


Missy Elliott - Hot [remix Ratatat]
Missy Elliott - Work it
(site / acheter Under construction à la Fnac)