dimanche 29 juin 2008

La minute yéyé (6) : Clothilde

La toute première «Minute yéyé» publiée sur Infrasons avait décerné à Dani le titre de «championne du monde des yéyés» à égalité avec Clothilde. Beaucoup parmi vous ont dû se demander qui était cette concurrente car, il faut bien le dire, c'est une fille un peu oubliée.

Avant de vous conter l'histoire de cette Clothilde, je me permets de remarquer que, dans les années 1960, une loi interdisait certainement aux chanteuses françaises d'avoir l'usage d'un nom de famille (il suffit de regarder les chanteuses yéyé publiée sur ce blog: Dani, Violaine, Clothilde, Cléo). Quelques dérogations étaient, semble-t-il, accordées aux chanteuses les plus connues (Hardy, Vartan ou Gall) mais j'imagine que ce privilège ne s'obtenait qu'après avoir vendu des milliers de disques.

Après cette remarque (ni constructive, ni intelligente, je vous l'accorde), je peux maintenant m'attaquer au vif du sujet : Clothilde. La donzelle, donc, visiblement plus intéressée par la peinture que par la musique, enregistra avant ses 20 ans deux disques de sept pouces sous la houlette du producteur Germinal Tenas. Malgré quelques entrées dans les classements des meilleures ventes, sa carrière prit fin dès 1967 ; et c'est fort malheureux qu'elle dut être si courte.

Dans les disques de Clothilde, tout est formidable : voix, paroles, mélodies ou arrangements, tout concourt à créer un style sans équivalents, même chez les Anglo-saxons ; quelque chose que nous pourrions qualifier de "Pop psyché-baroque et cruelle" s'il fallait lui donner un nom.

Les paroles (signées Jean-Yves Gaillac) étaient certainement les seules à pouvoir rivaliser avec Gainsbourg ou le duo Lanzmann/Gainsbourg. Agréables à l'écoute, elles se caractérisent surtout par un humour noir et une cruauté qui, associés au timbre angélique et délicat de Clothilde, donnaient à chacune des chansons cette patine de délicieuse perversion.
L'instrumentation (orchestrée par Germinal Tenas) riche et sophistiquée ajoutait, pour sa part, une touche baroque et psychédélique absolument unique.

J'aime la France quand elle produit des choses comme ça.

Clothilde - Je t'ai voulu et je t'ai bien eu
Clothilde - 102 ,103
(acheter Sixties girls, vol.4 sur Amazon)

jeudi 19 juin 2008

Les Coral

Depuis que les Libertines sont séparés, depuis que les White stripes ont perdu leur fraîcheur et leur spontanéité, depuis qu'Aislers set ne sort plus d'album, le titre de meilleur groupe du monde a échu dans les bras d'une seule formation : les Coral.

J'entends déjà les plus jeunes d'entre vous, l'esprit plein de rêves et de projets, me demander s'il est difficile de devenir le meilleur groupe du monde. Et bien non : il suffit de suivre la recette employée par nos amis les Coral.

Prenez tout d'abord un bout de papier et inscrivez-y des doubles-croches, des silences, quelques dièses ou blanches aussi par-ci par-là, jusqu'à obtenir une mélodie tellement belle qu'elle semblera évidente, mais tellement raffinée et délicate qu'on la pensera venue de la Lune.

Ensuite, pétrissez une rythmique simple et accrocheuse, parsemée d'arpèges ahurissants et de xylophones cristallins. Mais, et c'est là le moment le plus délicat de la recette, encore faut-il lier ces ingrédients, leur donner du corps. Pour cela, il existe un petit secret : quelques cuillérées d'intonations rudes mais mélancoliques, un timbre qui rappelle les briques rouges de Liverpool, les brumes de la Mersey mais aussi, et surtout, les Quatre Fabuleux, ceux qui chantaient les revolvers et les sergents au poivre. C'est cela le petit secret.

Une fois la chanson terminée, on en écrit douze autres, plus magnifiques encore ; l'opération devant être répétée une fois l'an.
Dernière chose, vous aiguiserez les appétits en plaçant chacune de ces friandises dans de jolies petites pochettes. Et le tour est joué !

Je vous le disais, ce n'est pas si compliqué d'être le meilleur groupe du monde. Fastoche ? Alors à vous de jouer !


Coral - Cobwebs
(acheter Roots and echoes à la Fnac)
Coral - Pass it on
(acheter Magic and medicine à la Fnac)
Coral - Dreaming of you
(acheter The Coral à la Fnac)
(site / Myspace)
Coral - Cobwebs

mercredi 11 juin 2008

Dring toy


Si vous aviez été étudiants il y a deux années dans la bonne ville de Rennes, le Centre Régional Information Jeunesse aurait pu vous remettre un «Sac à trucs». Je n'invente rien, cela s'appelait réellement comme ça, et c'était d'ailleurs un nom très judicieux puisqu'il désignait précisément un sac rempli de brics, de bracs et de choses aussi variées que différemment utiles.

Or, cet appétissant «Sac à trucs» contenait, entre autres, un petit disque intitulé Plus de volume, compilation d'artistes rennais. De prime abord, la programmation pouvait sembler un peu énervante avec, c'était palpable, la volonté des compilateurs de satisfaire tout le monde en y faisant figurer absolument tous les styles, sans aucun oubli : chanson française à l'accordéon, trip-hop, hip-hop, métalo-rock, pseudo-garage, reggae, ...

Tout cela me fait penser à ces Grecs ou ces Romains qui, dans l'Antiquité, étaient tenus de vénérer toute une myriade de divinités. Et si par malheur ils oubliaient un jour d'offrir un sacrifice à la déesse des orties ou de célébrer la fête du saint-protecteur des hannetons, les dieux entraient dans une colère folle et détruisaient leur ville ou maudissaient leur famille pour 12 générations.
Les gens du Centre Régional Information Jeunesse devaient également être de grands superstitieux, pensant que le dieu du rock guinguette ou l'esprit malin de l'électro-jazz allaient les punir s'ils n'intégraient pas leur style dans la compilation.

Enfin bon, je critique, je critique mais, au fond, il faudrait surtout rendre hommage à cette excellente initiative qui permet de découvrir quelques petites perles ; et notamment le morceau «Suspens» de Dring toy. Je ne vous surprendrai certainement pas en précisant que Dring toy est un groupe rennais ; peut-être un peu plus en ajoutant que leur musique me fait songer à un mélange de trip-hop, d'électro et de reggae. Enfin c'est extrêmement chouette, et ça m'a donné envie d'aller sur leur site écouter d'autres chansons.

Une chose est sûre en tout cas : il ne faut jamais mépriser les «Sac à trucs».

Dring toy - Suspens
Dring toy - Évasion barbare
Dring toy - Modulation
(site / Myspace / acheter Incoming contact chez Foutadawa)
Dring toy - Suspens

mardi 3 juin 2008

Jayne Mansfield (et Jimi Hendrix)

Tous les mardis matin, le comité de direction Stratégie & Expansion du groupe Infrasons se réunit afin de déterminer la ligne éditoriale du blog pour la semaine à venir.

L'événement est toujours l'occasion de décortiquer les dernières tendances musicales, mais aussi d'observer les pratiques commerciales de la concurrence : quelle est par exemple la stratégie marketing de Sous les pavés la plage ou de Requiem pour un twister ? Quelles innovations graphiques sont en train d'être élaborées par People don't dance no more ou la Blogothèque ?

Jeunes consultants aux dents longues ou vieux cadres ventripotents, tous ne partagent qu'un objectif : conquérir de nouvelles parts de marché est faire d'Infrasons l'acteur de référence du secteur.

Or, ce matin, alors que la réunion du comité semblait s'éterniser en discussions houleuses et en désaccords sur la ligne directrice, le sous-directeur chargé de la Prospective proposa une idée qui ne tarda pas à faire consensus : «Aujourd'hui, expliqua-t-il, il n'y a pas de secret : si nous voulons attirer le chaland, il nous faut l'aguicher avec la photo d'une fille magnifique.»
Si tous les membres du comité semblaient partager cette idée, le débat s'engagea toutefois de plus belle ; chacun proposant une actrice ou une starlette susceptible d'officier comme vitrine : Marilyn Monroe ? Trop névrosée. Janis Joplin ? Trop laide. Britney Spears ? Trop chauve. Mimi Mathy ? Trop petite. Diam's? Vous êtes sûrs que c'est une fille ? Yoko Ono ? Et puis quoi encore.

Bref, il arriva un moment où, le ventre gargouillant, chacun commença à se persuader que cette réunion n'allait jamais prendre fin ; alors que les estomacs, eux, commençaient à vraiment prendre faim.
C'est le moment que choisit le chargé de projet Développement International (un jeune homme branché vivant la moitié de la semaine à New-York et parlant sept langues, voire neuf lorsqu' il était soûl) pour complexifier encore le débat : «Ce qu'il nous faudrait, argumenta-t-il, pour adapter notre produit aux attentes du consommateur, c'est associer plusieurs concepts à la fois ; par exemple, l'image de la grâce féminine avec l'électricité et la sauvagerie d'une panthère».

À peine eût-il prononcé ces paroles que le doyen du comité bondit sur ses pattes, en proie à la plus folle excitation : «Mais je sais ! Mais bien sûr! Il n'y a pas à hésiter : notre prochain article parlera de Jayne Mansfield, accompagnée à la guitare en 1965 par un tout jeune guitariste de studio nommé Jimi Hendrix.»

Le doyen avait tranché. La séance pouvait être levée.

Jayne Mansfield (et Jimi Hendrix) - Suey
(acheter I wanna be loved by you à la Fnac)

lundi 26 mai 2008

Faine Jade

Quand on aime vraiment un groupe, on n'est jamais satisfait ; il nous en faudrait toujours plus : plus de disques, plus d'inédits, plus de faces B, plus de trucs, de machins et de bidules. Alors on creuse, on cherche s'il n'y a pas des démos, des lives, des chutes de studio ou des versions a capella qui nous auraient échappé. En général, on est déçu car, si les musiciens ont écarté les morceaux de leur discographie officielle, c'est qu'il y avait une raison.

Alors il faut se rendre à l'évidence : il n'y a plus rien à explorer, plus rien à découvrir chez ces artistes.

Mais parfois, coup de chance, il arrive qu'on tombe sur un sosie, c'est à dire un artiste qui, par coïncidence ou par hommage, est parvenu à produire des enregistrements ressemblant à s'y méprendre à ceux de notre groupe favori. Et là, on se frotte les mains en se disant : chic, chic, chouette, les affaires vont reprendre !

C'est exactement le cas de Faine Jade, sympathique grand dadais dont les chansons ressemblent étrangement à du Syd Barrett ou, dirons-nous, aux premiers Pink Floyd. Le pire, c'est que notre ami n'a même pas dû faire exprès puisqu'il habitait de l'autre côté de l'Atlantique (à Long Island) et qu'il a enregistré ses morceaux en 1968, c'est-à-dire une époque où Pink Floyd n'étaient pas encore de grandes stars et où Syd Barrett n'étaient pas encore totalement (génialement) fou.

Mais nous aurions tort de réduire Faine Jade au statut de sous-Syd Barrett car, et ces deux morceaux sont là pour vous en convaincre, ce garçon possédait un talent simplement stupéfiant, sachant composer des chansons folk mélodieuses et accrocheuses, teintées de reflets psychédéliques et couronnées d'un je-ne-sais-quoi de mystérieux. Le tout avec une production tout à fait décente. Bref, écoutez !

Faine Jade - Introspection
Faine Jade - Don't hassle me
(acheter Introspection : a Faine Jade recital sur Amazon)

dimanche 18 mai 2008

Excel


Les amis : je suis dans l'obligation de devoir réclamer toute votre discrétion car, aujourd'hui, je vais vous dévoiler l'un des plus grands secrets de l'histoire du rock, un trésor caché dont la connaissance ne se transmet que d'initié en initié à la suite de longues semaines d'entraînement et de méditation au sommet de montagnes sacrées. Ce secret, c'est un groupe de la fin des années 1970 appelé Excel.

Les informations sur le combo sont extrêmement rares et pas spécialement originales : quatre garçons de Bradford (Yorkshire) qui montent un groupe et qui sont, on ne sait trop par quel malentendu, signés par Polydor ; deux singles enregistrés, plus quelques démos au son caverneux et puis ... c'est à peu près tout ce qu'on peu dire.

Mais derrière cette biographie un peu bateau se cache un groupe absolument extraordinaire, capable de soutenir la comparaison avec les Buzzcocks, les Jam ou les Outcasts ; un groupe dont les morceaux jouaient dans la même division que «Teenage kicks» ou «Another girl, another planet», tout simplement.
Écoutez «What went wrong» : cette intensité, ce rythme trépidant qui vous ferait danser la guigue à tous les boiteux et culs-de-jatte de la terre. Et puis «Rock show» et «Bad news» avec leurs mélodies parfaites, leurs choeurs entrecoupés de riffs incisifs ; non mais quelle claque franchement ! Combien, combien, combien et encore combien existe-t-il de groupes de cette trempe cachés dans les oubliettes de l'Histoire ? Seigneur, faites qu'il y en ait encore quelques uns à découvrir pour mettre un peu de piment à nos vieux jours.

Oui, vraiment, les morceaux d'Excel sont de véritables chef-d'oeuvres Punk et Power Point. Euh non, pardon je voulais dire Power Pop ; mais Microsoft Office commence à sérieusement m'embrouiller l'esprit.

Action!
(morceaux publiés par les décidément formidables Mod Pop Punk Archives / Infos sur le groupe disponibles sur Boredteenagers)

vendredi 9 mai 2008

Cody Chesnutt


Je n'ai pas serré la main de beaucoup de rock stars. Une seule en fait, et ce n'était pas une star ; ni même vraiment un rocker ; c'était Cody Chesnutt.
Cela s'est passé aux Transmusicales de Rennes, juste après l'épouvantable prestation de Sébastien Tellier (racontée dans mon message précédent). Dieu, qui avait vu la performance chaotique de Tellier, avait comprit qu'il fallait rétablir l'équilibre de l'univers et, pour ce faire, nous offrir quelque chose de beau, de pur, de céleste. Alors Dieu envoya Cody Chesnutt.

Juste avant que l'illustre inconnu n'entre sur scène, une certaine excitation s'était emparée de la salle (encore toute amusée par la performance de Tellier). Un organisateur venait en effet de monter sur scène et, solennellement, s'était adressé au public :
«Mesdames et messieurs, je réclame votre attention. Je vais devoir vous demander d'éteindre vos cigarettes [nous étions avant la prohibition] car le musicien qui va entrer sur scène est asthmatique. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle il tourne assez peu et pour laquelle sa présence en Europe aujourd'hui est un véritable privilège. Je vous remercie.»

Tandis que les fumeurs s'exécutaient, un sentiment de curiosité gagnait la salle : qui était ce mystérieux Cody Chesnutt ? Cet asthmatique alité qui, peut-être, sortait pour la première fois de sa Georgie natale contre l'avis des médecins ?

Moi, j'ai toujours eu de la sympathie pour les asthmatiques. Car ils partagent entre eux un secret : ils sont les seuls à connaître et à avoir entendu le mystérieux joueur de flûte qui, certaines nuits, vient doucement les réveiller. L'esprit encore engourdi, ils perçoivent une mélopée lointaine, belle et triste ; un son provenant d'un instrument inconnu, comme un tube d'orgue sous-marin. L'étrange mélodie se rapproche petit à petit, jusqu'à ce qu'elle sorte brusquement de leur poitrine . Alors, instinctivement, ils se redressent et, alors que le chant de flûte s'estompe, ils éprouvent une sensation d'étouffement.

Alors que je méditais sur l'existence et les desseins du mystérieux joueur de flûte nocturne, une clameur s'empara du public : Cody Chesnutt entrait en scène. Et là, surprise, il enjamba directement les barrières de sécurité pour venir serrer, une à une, toutes les mains des premiers rangs. C'était la folie parmi les spectateurs : personne ne connaissait cet homme, mais sa barbe et sa casquette militaire ne nous laissaient aucun doute : c'était un prophète, un saint ; sa poignée de main guérissait les maladies. Lorsque mon tour arriva, Cody Chesnutt m'adressa, comme à tous, un long regard, fixe et perçant. Alors, oui, je sus, et il n'y avait aucun doute possible : il était l'envoyé de Dieu.

Devant un public rendu hystérique par son bain de foule, Cody monta enfin sur scène. Moi, je remarquai que son bassiste était le sosie d'Astérix ; et que, ce soir-là, la potion magique avait dû être bonne.

Lorsqu'on lit des comptes-rendus de concert, on voit souvent des phrases clichés style : «Il s'est vraiment passé quelque chose entre le groupe et le public», «Un moment d'anthologie durant lequel les musiciens ont communié avec leur auditoire» . En général, cette prose de midinette ou de mauvais journaliste me rend sceptique ou, au mieux, me fait rigoler. Mais là, franchement, je ne vois pas quels autres mots je pourrais employer pour décrire ce concert ; oui, il avait un truc : une flamme, un mojo, une voix soul soul soul, des incantations de prophète lorsque Cody levait son point en déclamant des paroles dont je ne comprenais que le mot «Djizeusse». C'est un souvenir fabuleux et, à coup sûr, un concert dont je reparlerai à mes arrière-petits-enfants.

Que dire maintenant de l'album The headphone masterpiece enregistré par ce même Cody Chesnutt ? Qu'il ne rend pas réellement compte du son et de la prestation scéniques. Il a un côté plus bricolage, plus accoustique, plus brouillon aussi car enregistré par Cody dans sa chambre avec un modeste petit 4 pistes. Mais même si le son est pourri, on peut percevoir sur certains morceaux la voix et la musique habitées du prophète Chesnutt.


Cody Chesnutt - When i find time
(Myspace / acheter The headphone masterpiece sur Amazon)

dimanche 20 avril 2008

À l'ouest du Rhin

Lorsque j'ai décidé de faire ce blog, je m'étais dit que je me limiterais à chroniquer les artistes que j'aime bien. Cela prend déjà tellement de temps que, si je devais en plus m'attacher aux mauvais, j'y passerais ma vie. Et puis, de toute façon, la télé, la radio et la presse s'en chargent déjà très bien.


Mais, aujourd'hui, je vais faire une exception car, devant le tourbillon médiatique qui s'est soudainement emparé de Sébastien Tellier, je ne peux rester muet. Que les choses soient très claires : notre ami Sébastien (je dis ami car je ne suis pas rancunier) est le pire musicien qu'il m'ait été donné de voir. Et pourtant, j'ai vu des collégiens boutonneux s'essayer pour la première fois à leurs instruments des soirs de fête de la musique, j'ai vu des concerts caritatifs estampillés «nouvelle scène française», j'ai vu des zombies à tignasse tentant d'achever nos oreilles dans des bars mieux. Oui, mais pire que Sébastien Tellier, je n'ai jamais vu.

C'était aux Transmusicales de Rennes, il y a quelques années ; le bonhomme était annoncé comme la révélation du festival et puis, catastrophe et consternation, voilà que surgit une sorte de Corbier vêtu d'un costume de serveur de Buffalo Grill. Je ne me souviens même plus à quoi ressemblait leur bouillie : des espèces de grognements faussets sur un fond sonore synthétique, je crois. Mais ce que je n'ai pas oublié, c'est la réaction du public, huant les hurluberlus à l'unisson. Jamais par la suite je n'ai revu une chose pareille. Plusieurs voix s'élevaient pour chambrer : «Dis Sébastien, la scène c'est pas ton truc ?!?».

Tellier commença par se venger en proférant de basses insultes puis, imaginant une méthode plus diabolique, enchaîna plusieurs rappels que, pourtant, personne ne réclamait. Les sifflets redoublés parvinrent heureusement à chasser le malotru avant que notre santé auditive ne soit réellement atteinte. Ouf ! Le calvaire prenait fin.

Ce jour là, j'ai regretté de ne pas avoir emmené mon tonneau de goudron et mon sac de plumes ; ainsi qu'un grand rail de chemin de fer pour édifier à Sébastien un trône digne de lui. Mais à part ça, je ne lui en voulait pas plus que cela : ce concert resterait à jamais comme un souvenir rigolo. Et puis, après sa prestation, il était évident que la carrière de Sébastien Tellier allait être brisée, qu'il allait retourner à des activités moins nuisibles.

Mais voilà, surprise, plus les mois passaient, plus le nom de Sébastien Tellier me semblait apparaître dans les médias. Jusqu'au jour où, stupeur, j'appris qu'il devait représenter la France au prochain Eurovision !

Ce choix ne tarda pas à faire scandale. Non que la musique de Sébastien fût nullissime (la nullité étant une condition pour pouvoir participer à l'Eurovision) mais parce que le brillant homme avait, de surcroît, choisi de chanter en anglais.

En tout cas, ce petit déchaînement médiatique tombe à pic ; il me donne l'occasion de défendre l'usage du français dans la chanson ; et plus particulièrement dans le rock'n'roll.


Je lis en ce moment un peu partout des articles ventant notre nouvelle scène «franglaise», cette vague d'artistes qui s'est débarrassée d'un infâme boulet : la langue de Gainsbourg et de Paul Morand.

Ce n'est pas nouveau : le débat sur le rock français non francophone a toujours existé ou, pour être précis, depuis qu'une partie des yéyés a ridiculisé notre langue par ses reprises bas de gamme des standards anglo-saxons. Dès lors, les meilleurs groupes nationaux (derniers en date : les Hushpuppies) ont cherché à se démarquer en adoptant l'anglais, laissant le français aux mauvais, aux groupes de ska festif et à la chanson poético-cérébrale à textes. Bref, un syllogisme semblait être devenu réalité, à savoir : la langue française est la langue des mauvais musiciens, donc chanter en français rend les musiciens médiocres. CQFD.

Mais ce qui me semble nouveau aujourd'hui, c'est cette idée selon laquelle défendre l'usage de notre langue est un combat d'arriéré ou de militant d'extrême droite. Ainsi, lorsque le manageur de Sébastien Tellier affirme qu'il s'agit d'un «débat qui sent le moisi», je suis sincèrement choqué. Car, à mon sens, défendre l'usage du français dans la création artistique n'est pas un combat d'arrière-garde, ni même un gadget : il s'agit d'une chose primordiale.

La première raison est qu' à mes yeux, il est préférable de chanter dans sa langue maternelle. Car l'art ne peut exceller que dans la spontanéité et la sincérité ; dès qu'il s'exprime à travers des intermédiaires (une traduction) ou qu'il prend la forme d'une démarche artificielle (employer une langue qui n'est pas la nôtre), il perd de sons sens. Evidemment, il peut arriver que l'usage d'une autre langue soit justifié :

-Pour les personnes bilingues, tout d'abord, ou qui maîtrisent parfaitement une langue. Dans ces cas, je n'ai aucune objection. Cependant, ces gens sont plutôt rares dans nos contrées.
-Il peut arriver également qu'une langue étrangère sonne mieux que le français. Qui reprochera par exemple à un groupe de bossa nova de chanter en brésilien ou à une interprète de Lieder d'opter pour l'allemand. Toutefois, il ne me semble pas que le français soit particulièrement hideux. Avec l'italien et le brésilien, c'est même la langue qui fait fantasmer la terre entière. Cet argument est donc souvent fallacieux.

-Chanter en anglais permettrait aussi de marcher à l'international. Je n'en suis pas vraiment sûr car le français est vendeur ; on ne se rendra jamais assez compte de l'effet qu'il peut produire sur les oreilles étrangères !

Cependant, la plupart des artistes qui adoptent l'anglais ne fondent pas leur choix sur l'une de ces trois raisons. Ils le font avant tout par lâcheté et par paresse. Je m'explique :

-Par lâcheté car chanter dans une langue qui n'est ni la nôtre ni celle de notre auditoire est une manière de dire les choses sans vraiment les dire ; de ne pas s'engager. Si vous êtes sceptiques, faites l'expérience : écrivez une chanson en français comportant l'expression : «Je t'aime». Je parie tout l'or du monde que vous serez gêné, que vous aurez peur de passer pour un(e) sentimental(e), peur d'exhiber ces paroles devant tout le monde. Maintenant, chantez «I love you» et, là, aucun problème : tout le monde s'en fiche. C'est comme si vous chantiez quelque chose sans vraiment y penser, comme si vous étiez l'interprète sans être l'auteur.

-Par paresse également car chanter en anglais est une solution de facilité pour tous ceux qui (comme moi) écoutent essentiellement des morceaux anglo-saxons. Il suffit en effet de reprendre des phrases types style «I love you girl», «Please baby come back home», «You're the one for me» ... etc. C'est une manière d'écrire rapidement, sans trop réfléchir. Ce n'est pas forcément idiot comme démarche mais il y a quand même quelque chose qui me gêne : on est purement dans l'imitation, le pastiche, dans la simple interprétation d'un rôle. Il n'y a plus rien qui vient du coeur, des tripes ou de l'âme.

L'autre raison pour laquelle je tiens à défendre la chanson en français est ... qu'il s'agit de ma langue, tout simplement ; et même de ma culture au sens large puisque je partage l'idée des romantiques allemands du XIXe selon laquelle ce qui fait un peuple c'est sa culture et ce qui fait sa culture c'est avant tout sa langue. La langue est le fondement du génie d'un peuple, de sa spécificité, de son mode de pensée ou d'expression.

En fait, je ne conçois absolument pas la culture française comme supérieure aux autres. Au contraire, notre scène musicale, notre cinéma ou encore notre architecture sont globalement lamentables. Mais, pourtant, et je n'y peux rien, je ne peux m'empêcher de vouloir défendre cette culture, d'espérer son développement et son amélioration. C'est là un sentiment humain : défendre sa culture d'appartenance, juste parce qu'elle est nôtre. Et d'ailleurs, on ne reprochera pas à un Tibétain de s'efforcer de défendre sa langue et sa culture ; alors pourquoi le reprocherait-on à un Français ?

Ce n'est donc pas par chauvinisme que je tiens ces paroles ; je ne conçois pas la culture française comme une culture impérialiste qui doit s'imposer dans les autres parties du monde. Je n'ai aucune animosité non plus contre les Anglo-saxons qui, contrairement aux refrains rabâchés, ne sont pas la cause du déclin culturel français. Non, les seuls responsables sont les Français qui osent décréter notre spécificité comme arriérée, inutile tout en cherchant à culpabiliser ceux qui s'efforcent de faire de la culture française quelque chose de frais, novateur, moderne, dynamique et grouve.


Pour achever cette longue tribune, j'aimerais vous proposer une compilation maison. Son objet n'est pas de faire croire que notre scène francophone est foisonnante et de grande qualité ; ça n'est absolument pas vrai. Plus modestement, elle tient à montrer que la langue française n'est pas synonyme de fatalité médiocre. Non, certains arrivent à en tirer des choses magnifiques, qu'ils soient Français, Québécois, Écossais, Espagnols, Allemands ou Mexicains.

Tous ces morceaux datent des années 2000, histoire de rappeler au passage que la chanson française de qualité ne s'est pas figée avec Gainsbourg, Dutronc et Brassens. Ni même avec Marie et les Garçons.

Une bonne partie de ces morceaux ont été trouvé sur d'autres blogs. Je ne me souviens plus exactement lesquels mais Filles sourires ou La cancion de Prévert sont d'excellents pourvoyeurs de chanson francophone.
Vous pouvez télécharger l'ensemble de l'album en deux parties ainsi que les deux faces de la pochette (en téléchargeant les images) ou même les chansons une à une. Si avec tout ça je ne vous gâte pas ...

Télécharger l'album en entier (partie 1)
Télécharger l'album en entier (partie 2)

●Second sex - Je ne suis pas une fille facile (mp3)
(Myspace)
●Les Dadds - Je vais te manquer (mp3)
(Myspace / acheter French kiss à la Fnac / article précédent sur Infrasons)
●Les Bof ! - J'ai perdu mon mojo (mp3)
(site / Myspace)
●AS Dragon - Sorcière (mp3)
(Myspace / acheter Spanked à la Fnac)
●Mathieu Boogaerts - Les Tchèques (mp3)
(site / acheter Dick Annegarn Tribute à la Fnac)
●Henri Salvador - Jardin d'hiver (mp3)
(acheter Chambre avec vue sur Amazon / article précédent sur Infrasons)
●Mallory Hays - Il pleut toujours (mp3)
(blog / Myspace / article précédent sur Infrasons)
●Mareva - L'hôtesse de l'air (mp3)
(site / acheter Ukuyéyé sur Amazon)
●Pittoresque - Ce petit coeur (mp3)
(acheter Information y turismo chez Poppolar records)
●Kerenn Ann - Au coin du monde (mp3)
(site / acheter La disparition sur Amazon)
●Poney express - Une actrice (mp3)
(Myspace / acheter Daisy street à la Fnac)
●Camille - Ta douleur (mp3)
(site / acheter Le fil à la Fnac)
●Dani et Etienne Daho - Comme un boomerang (mp3)
(acheter The best of boomerang à la Fnac)
●Françoiz Breut - Le premier bonheur du jour (mp3)
(site /acheter Une saison volée sur Amazon)
●Souvenir - Au bord du soleil (mp3)
(site)
●Stereo total - L'amour à trois (mp3)
(site / acheter Musique automatique sur Amazon)
●Poney express - Paris de loin
(Myspace / acheter Daisy street à la Fnac)
●M et Brigitte Fontaine - Les zazous (mp3)
(achetez Kekeland à la Fnac)
●Fabienne Delsol - Laisse tomber les filles (mp3)
(Myspace / acheter No time for sorrows à la Fnac)
●Les Terribles - Tout est fini (mp3)
(site / acheter Les Terribles chez Soundflat)
●Los Super elegantes - Je suis bien (mp3)
(site)
●Les Prototypes - Je ne te connais pas (mp3)
(site / acheter Prototypes sur Amazon)
●Alister - Qu'est-ce qu'on va faire de toi (mp3)
(Myspace / acheter Aucun mal ne vous sera fait à la Fnac)
●Audrey Maelis - Parle à mon nombril (mp3)
(Myspace)
●Les Hommes sauvages - Le matin (mp3)
(site)
●Les Terribles - Trop sage (mp3)
(site / acheter Les Terribles chez Soundflat)
●Les Wampas - Manu Chao (mp3)
(site / acheter Never trust... à la Fnac)

dimanche 13 avril 2008

Les Long blondes


Aujourd'hui, j'aimerais vous schtroumpfer des Long blondes, schtroumpf de Sheffield qui schtroumpfe pas mal en ce moment. Un schtroumpf dont le nom a été mal schtroumpfé puisqu'il comprend trois schtroumpfettes ... brunes, et dont l'une est, me schtroumpfe-t-il, plus ronde que longue. Enfin allez comprendre ...

Les Long blondes sont régulièrement schtroumpfés à Blondie ou aux Yeah yeah yeahs, affirmation avec laquelle je suis plutôt schtroumpf : il y a bien une schtroumpfe new-yorkaise dans leur musique.

Tout n'est pas bon dans leur courte schtroumpfographie, loin s'en schtroumpfe. Mais il y a cette incroyable petite schtroumpferie appelée «Autonomy boy», une schtroumpfandise parmi les schtroumpfandise, schtroumpfante et schtroumpfesque à la fois (mais là, vous ne serez peut-être pas d'accord avec moi). Une schtroumpfe mémorable qui gravite dans ma schtroumpfe depuis plusieurs semaines.

Voilà en tout cas une schtroumpfe qui a le mérite d'être clair.

Long blondes - Autonomy boy
(site / reportage sur Tracks / acheter la compilation Imagine the shapes sur Amazon)

samedi 5 avril 2008

Bettye Swann

Née à Arcadia (Louisiane) dans une famille de 14 enfants, Bettye Swann parvint à classer deux ou trois titres dans le Top 50 à la fin des années 1960.

Cette performance ne fut malheureusement pas synonyme de gloire, d'argent ou de succès ; notre donzelle devant, pour gagner sa croûte, écumer les bleds paumés du sud. Pour l'aider, elle pouvait heureusement compter sur son fidèle manageur qui, flingue en main, rappelait cordialement aux organisateurs qu'il fallait la payer à la fin du spectacle.

Le chevalier se montra si serviable qu'elle finit par l'épouser, en 1970. Belle histoire, non ?

Que dire de plus ? Que ses morceaux étaient enregistrés dans un style Motown fort sympathique, que, fait rarissime pour une chanteuse Soul de l'époque, Bettye écrivait elle-même une partie de son répertoire, qu'elle était dotée d'une très jolie plume et que, pour ne rien gêcher, elle chantait ses chansons avec un talent incroyable.

Je finirai avec une gigantesque énormité que, j'espère, vous voudrez bien me pardonner : sa voix ressemblait un peu à celle de Whitney Houston. Sauf que «Bettye-la-Cygne» était capable de chanter des choses ultra chouettes ; et avec toute son âme.


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