samedi 12 septembre 2009

Brimstone Howl


L'autre jour, je déjeunais avec Nicolas Sarkozy. Comme à l'habitude, nous parlions rock'n'roll. Nicolas venait de voir les Tokyo Sex Destruction et en était revenu très enthousiaste. Il regrettait malgré tout la raréfaction des bons concerts à Paris. J'évoquai alors la fermeture de la Flèche d'Or et les difficultés rencontrées par la Mécanique Ondulatoire, prédisant qu'il n'y aurait bientôt plus aucune salle digne de ce nom.

La discussion bifurqua ensuite vers nos derniers coups de cœur : Guitar Wolf, Demolition Doll Rods ou Brian Jonestown Massacre. Nicolas appela à ce moment un serveur du Fouquet's et lui réclama sa sacoche :

«Je vous l'avait laissée à l'entrée. Elle est en cuir avec un badge du Jon Spencer Blues Explosion».

Le garçon s'exécuta et le Président sortit un disque de Brimstone Howl :

«Tiens, tu verras. Je viens de découvrir ça ; c'est énorme !»

Il était temps que je parte. Aussi n'eus-je pas réellement le temps d'examiner la pochette. L'addition fut apportée et, alors que nous nous levions, Nicolas me demanda si je continuais à jouer.

«Cela fait une éternité que je n'ai pas touché ma guitare, lui avouai-je.
-Passe à l'Élysée cet aprèm' . Brice vient d'acheter une Flying V. Moi je me mets aux fûts, et on se fait une petite session.
-Je suis vraiment charrette ces temps-ci. Mais promis je t'appelle et on se fait ça un de ces quatre.»

Une bonne poignée de main, et je quittai le Fouquet's, le disque de Brimstone Howl sous le bras.

Brimstone Howl - Shangri-la
Brimstone Howl - Summer of pain
(acheter We came in peace chez Soundflat)
Brimstone howl - Summer of pain

vendredi 14 août 2009

Mallory Hays (de retour)

Vous l'aurez peut-être remarqué : Infrasons ne consacre jamais deux articles à un même artiste. N'y voyez aucune explication idéologique ni aucune raison religieuse ; je veille simplement à ne pas déséquilibrer l'industrie musicale en affichant un quelconque favoritisme pour l'un ou pour l'autre.

Or, aujourd'hui, je vais faire une exception. En effet, si Infrasons ne se démène pas pour promouvoir Mallory Hays, qui le fera ? Pas la radio, pas les autres blogs, pas même sa vieille tante.

Paresse oblige, je ne répéterai pas tout le bien que je pense de la demoiselle (je vous renvoie, pour cela, à l'article qui lui a déjà été consacré). Notons simplement que 8 nouveaux morceaux viennent d'être mis en ligne sur le site Stillmusik. Bonne nouvelle, la recette magique n'a pas changé : une voix (belle) et une guitare (simple) ; et hop, c'est dans la boîte.

Pas de prouesses vocales avec Mallory, ni de prétentions diva-esques. Tout repose sur une voix naturellement belle qui n'éprouve jamais le besoin de forcer.

À quand maintenant une qualité d'enregistrement digne de son talent ? Vous pouvez y contribuer en achetant des «actions» Mallory Hays sur Zikpot. Et, comme vous le dirons les économistes, il faut se réfugier vers les valeurs sûres en temps de crise ; c'est-à-dire vers les choses simples. Donc, misez sur l'avenir et misez sur le renouveau musical français.

Mallory Hays - Ce jour (2009)

dimanche 12 juillet 2009

Les Strokes / Little Joy

Les Strokes


Je suis un grand jaloux. C'est pourquoi je suis toujours dépité lorsque je constate à quel point la vie peut être facile et agréable pour certains ; et là, je pense notamment aux cinq gaillards qui composent les Strokes.

Mettons-nous un instant à leur place. Comment en vouloir au Destin lorsqu'il vous a fait naître dans la ville du Velvet Underground, de Blondie et des Ramones (New-York), qu'il vous a doté d'un nom de famille accrocheur (Casasblancas ou Hammond, par exemple) et qu'il a fait de votre père le fondateur le l'agence de mannequins Élite (ce qui laisse envisager une existence saupoudrée de créatures avenantes) ?

Quelles remontrances adresser à un Bon Dieu qui vous a accordé suffisamment de talent pour écrire «Someday», «Soma» et tout un tas d'autres morceaux fantastiques ? Un Dieu qui vous a attribué assez d'esprit pour sortir l'une des pochettes de disque les plus marquantes de l'Histoire du rock (Is this it et son fameux bassin cambré).

Comment pester contre une chienne de vie qui a gravé votre nom en lettres d'or au panthéon du rock, vous décernant des titres de noblesse plus glorieux les uns que les autres : sauveurs du rock'n'roll, résurrecteurs du cuir, des jeans cigarettes et de la classe américaine ; pourfendeurs des moches et des médiocres, étrangleurs des néo-métaleux, des ingénieurs-informaticiens remixeurs et des romantico-castras (Coldplay ou Muse) ?

Oui les amis, je vous le dis : dans une autre vie j'aimerais aussi être un Strokes.

Strokes, Strokes, Strokes : voilà qui m'évoque l'année 2001 (huit ans déjà). Le lycée se finit et, à cette époque, j'entame à peine l'exploration des vastes archives du rock'n'roll. Que de découvertes à cette époque : Who, Kinks, Pogues, Clash, Pistols ; chaque trouvaille déroule une nouvelle pelote qui m'entraîne, toujours plus loin, dans les entrailles du passé. A tel point que je finis par me sentir, je vous l'avoue, en net décalage avec l'air du temps.

À cette même époque, je tombe par hasard sur Substitute, émission hebdomadaire diffusée sur Aligre FM. Et c'est un choc : grâce à Vincent Hanon et Isabelle Konopnicki (qui animent l'émission), j'apprends que le rock'n'roll, le garage et la pop bien construite ne sont pas morts en 1979. Au contraire, une scène souterraine continue d'entretenir le flambeau.

Alors moi aussi j'entre dans la clandestinité. L'oreille collée au transistor, comme on le faisait en d'autres temps pour recevoir Radio Londres, je me tiens au courant de ce mouvement de résistance qui s'orgnise autour des bastions de Détroit ou de New-York. Je ne vous le cache pas : cette période était dangereuse. Bannis par la société depuis l'Édit de MTV (promulgué en 1981), les adorateurs du rock'n'roll devaient se réunir en secret dans les catacombes, un poisson dessiné sur leur t-shirt en signe de reconnaissance.

Et puis, parmi les groupuscules évoqués dans l'émission Substitute (White Stripes, Go, Dirtbombs, ... ), un nom commença à apparaître çà et là dans la presse : les Strokes. Quelques entrefilets d'abord ... puis une véritable déferlante. Dans toute les campagnes, la nouvelle se répandit : alléluia, les Strokes avaient débarqué en Normandie, le rock'n'roll était ressuscité, les résistants pouvaient sortir du maquis et proclamer haut et fort : j'écoute des morceaux de 2 minutes avec 3 accords et 3 instruments ! Enfin nous allions pouvoir bénéficier d'une considération autre que celle accordée aux collectionneurs d'étiquette de boîtes de camembert ou aux membres du cercle généalogique du Bas-Périgord. Vivent les Strokes et vive le rock !

Strokes - Last nite (2001)
Strokes - Soma (2001)
(site / acheter Is this it chez Gibert Joseph)


Little Joy


Une transition fort habile nous permet de rebondir sur Little Joy, groupe parallèle de Fabrizio Moretti, le batteur italo-américano-brésilien des Strokes. Associé à un autre Brésilien (Rodrigo Amarante) et à une fille qui porte un nom bizarroïde (Binki Shapiro), il a enregistré l'an passé un album que je ne me lasse pas d'écouter.

Instrumentation brésilienne, nonchalance jamaïcaine, voix strokesiennes, délicatesse folk, mélodies
kinksiennes, ce groupe semble avoir été conçu pour me plaire. Et je dois admettre qu'il y est parvenu.

Little Joy - Play the part (2008)
Little Joy - Unattainable (2008)
(acheter Little Joy chez Gibert-Joseph)
Strokes - Last nite
Little Joy - Unattainable

lundi 1 juin 2009

Les Beatles Noirs


C'est l'un des secrets les mieux gardés de l'Histoire du rock : après les douze coups de minuit et jusqu'au petit matin, les Beatles devenaient noirs. Et alors que la peau de Djhone, Paul, Geowges et Wingo se pigmentait, leurs voix muaient soudainement. Le visage méconnaissable, ils pouvaient se compromettre dans les clubs jamaïcains de Londres ou Liverpool. Montant sur scène devant une foule de dockers et d'immigrants, ils y reprenaient leur répertoire à la mode Soul et Motown.

Nul n'aurait percé ce secret si, un soir d'automne 1965, un technicien du Kingston Club n'avait enregistré cette bande. Je vous laisse écouter ce témoignage édifiant.

dimanche 5 avril 2009

Avec pas d'casque

Avec pas d'casque : nom étrange pour l'un des groupes les plus étonnants du moment. Originaire de Montréal, le trio récite un folk hypnotique, orné de chœurs nonchalants dignes des Beatles de Revolver ou Rubber soul.

Imaginez le Brian Jonestown massacre avec l'accent québécois. Voilà qui serait bizarre, stupéfiant même ; mais pas forcément impossible, nos trois décasqués y parvenant avec une facilité déconcertante.

Ce groupe m'offre par ailleurs l'occasion de revenir sur les relations litigieuses entre rock et langue française (sujet auquel j'avais déjà consacré un long article). Juste pour souligner que nos cousins québécois ont une approche bien moins complexée que la nôtre.

Dans cette joyeuse contrée, on ne débat pas pendant des heures pour savoir si le phrasé français est compatible avec les rythmes à quatre temps ou si plaquer la langue de Molière sur un mi-la-si ne revient pas à trahir Baudelaire ou Rimbaud. Non, on ne réfléchit pas : on prend sa guitare et on chante le plus simplement du monde dans sa langue maternelle. C'est plus simple, c'est rafraîchissant, et nous aurions de la graine à y prendre.

Je laisse évidemment la conclusion de cette chronique à notre bon vieux général qui, en écoutant Avec pas d'casque, n'aurait pu s'empêcher de s'écrier : vive le Québec ivre !
(site / acheter Dans la nature jusqu'au cou)
(site / acheter Trois chaudières de sang)