lundi 14 janvier 2008

Ike Cosse

Je suis sûr que la moitié des gens qui me lisent ne possèdent pas un seul disque de Blues. Non, non : ne niez pas, je vois tout et je sais tout.
Pour être plus exact, cette moitié considère le Blues comme une musique respectable et sympathique ; quelque chose qui ne dérange pas, en somme. Mais de là à en écouter spontanément et à acheter des albums, il ne faut pas exagérer. Car au fond, pensent-ils, c'est un peu toujours la même chose cette histoire : un vieux noir qui marmonne son spleen dans une guitare étouffée, trois accords répétitifs, le tout avec une qualité acoustique digne de Radio Londres.
Pour d'autres, le Blues c'est aussi des cinquantenaires blancs et barbichus, la voix rébarbative (style Éric Clapton), le genre qui se la joue prof de guitare virtuose avec des cascades de solos froids et techniques.
À tous ceux qui pensent ça : s'il vous plaît, écoutez Ike Cosse. Et si vous ne devez acheter qu'un album de Blues, foncez sur son Cold blooded world, merveille entre les merveilles. Sorti en 2000, le disque est une sorte de concentré de mélodies fantastiques, à la limite du folk. Chaque chanson est superbe et, croyez-moi, il fut très difficile d'en sélectionner deux. La guitare est sobre, laissant le premier rôle à la voix grave mais douce d'Ike, quand, soudain, juste au moment opportun, l'harmonica surgit pour donner de l'emphase à la mélodie. Rien de plus classique en fait. Mais écoutez donc.

Ike Cosse - Cold hearted world
Ike Cosse - The truth
(acheter Cold blooded world chez Amazon)

lundi 7 janvier 2008

Nicolas Ungemuth

J'aime beaucoup le Figaro Magazine. Une fois les 30 premières pages sautées (les pénibles articles "Actualité"), tout est grandiose. Là, le compte-rendu d'une vente aux enchères (un secrétaire Louis XV au placage d'amarante recouvert de maroquin vert) ; ici, une prose enflammée nous vante des destinations touristiques lointaines : Saigon, Cuba, les côtes d'Istrie ; ici encore, les arômes des meilleurs pomerols et saint-émilions sont disséqués avec une science et un goût certains. Les pages culturelles sont un ravissement, surtout lorsque l'archiduc de Syldavie y présente, en exclusivité, les plus belles pièces de sa collection de maîtres vénitiens.

Et puis, dans chaque numéro, il y a un reportage édifiant. Un journaliste fou, parti séjourner on ne sait trop pourquoi dans les steppes de Mongolie, les passes afghanes ou les cols caucasiens nous livre une peinture magnifique mais réaliste des peuples ou des guerres oubliés. Qu'ils abordent la piraterie sur les côtes somalies, la construction des oléoducs kazakhs ou le portrait de Ramzan Kadyrov (le président tchétchène qui ressemble à un méchant de série B : il aime jouer à la boxe, essayer des Kalachnikov et faire le fou avec son tigre apprivoisé), les sujets sont toujours passionnants.

Dans les Figaro Magazine, tout est plus grand, plus beau, plus cher qu'ailleurs. Ne serait-ce que les photos, prises par les seigneurs de la pellicule, souvent publiées en pleine page (29 x 22 cm, s'il vous plaît) avec les encres les plus chatoyantes de la presse magazine.
Car le Figaro ne s'adresse pas à n'importe qui ; et surtout pas aux professeurs crasseux ou autres intellectuels partageux. Non, le Figaro Magazine est la gazette de l'élite, celle qui s'intéresse au rendement des obligations convertibles et des contrats en euros diversifiés ; celle qui orne ses salons des oeuvres de Paul Ranson et Albert Chazalviel ; celle qui met ses enfants dans le privé et au solfège ; celle enfin qui roule en berline allemande et fait de la voile à la Trinité. Voilà ce qui fait son charme.

Tout cela pour dire que, dans le Figaro Magazine, il y a aussi et surtout la petite chronique musicale de Nicolas Ungemuth, le plus méchant et le plus grand des journalistes rock. Première chose à dire, la prononciation de son nom a donné naissance à plusieurs écoles : l'anglaise ("eûngémeusse"), la française ("ongeumute") ; mais je demeure adepte de la version allemande ("ounnguémoute"), plus en adéquation avec le caractère du personnage.

Même si je ne partage pas toujours son point de vue, force est de reconnaître que cet homme a bon fond : amour pour la pop 60s, le Freakbeat, la Soul profonde ou le Blues du Delta. Bref, s'il est un chroniqueur en France à qui se fier : c'est lui. Et si le Figaro ne lui offre qu'une maigre colonne pour distribuer les bons et les mauvais points, la vraie mesure de son art se déploie dans Rock'n'Folk où il assure, entre autres, la chronique des rééditions.

Ungemuth, c'est un style à part. Ardent défenseur de l'adage "qui n'aime pas, châtie bien", le bonhomme n'a pas son pareil pour incendier, humilier les artistes et ceux qui les écoutent : "débiles congénitaux", "crétins", "abrutis", ... il n'existe pas de demi-mesure ; le tout servi avec un humour mordant, voire tordant. Bref, un intégrisme rafraîchissant contre les atteintes au bon goût et aux bonnes moeurs.

Le plus haut fait d'arme d'Ungemuth reste un dossier paru il y a quelques années dans Rock'n'Folk : "Les 40 pires groupes de rock de tous les temps". Là où un journaliste normalement constitué se serait contenté de réciter des groupes universellement haïs (genre Lorie dans sa période rock), Nicolas fut bien plus subtil : sa liste fut essentiellement composée de groupes aimés, admirés, ceux qu'écoutent votre voisin, vos amis et une grande partie des gens qui prétendent aimer le rock'n'roll.

Entre autres, nous avions donc Pink Floyd, Deep Purple, U2, Van Halen, Pearl Jam, Police, Dire Straits, Garbage (vous trouverez la liste complète sur ce forum). Autant de groupes que les esthètes haïssent en silence, presque honteux de ne pas participer au culte consensuel. Chaque nominé eut droit à une descente en règle, à chaque fois hilarante (Freddy Mercury étant, de mémoire, surnommé "la Castafiore moustachue").

Au numéro suivant, ce fut une nuée de courriers indignés dans la boîte aux lettres du magazine : "De quel droit ce môôssieur Ungemuth se permet de critiquer un groupe unanimement respecté par la presse et par mon entourage ?!?" Sauf que voilà : avec Ungemuth, quand un groupe a été mauvais il y plus de 20 ans, il n'y a pas prescription pour autant. Ce fameux article laissa également des séquelles les forums du Net ; partout, des fatwas furent publiées, réclamant la mise à mort du blasphémateur. Quoi qu'il en soit, d'autres ont beaucoup rigolé (et votre serviteur en fait partie).

Si la plume et le style Ungemuth nous sont familiers, qui sait à quoi peut ressembler le personnage? Pour ma part, je suis intimement persuadé qu'il possède les traits des bonshommes ci-dessous : ceux d'un dandy cruel, carnassier et raffiné.


Pour finir, j'aimerais évoquer un autre méfait du baron von Ungemuth. Dans chaque numéro de Rock'n'Folk, un journaliste décerne, à tour de rôle, le titre d'"Album du mois". La plupart, frileux, se contentent de sélectionner LE gros disque qui vient de sortir (Radiohead, Babyshambles, Arctic Monkeys) en se disant, bêtement, que si l'album se vend bien mais qu'ils ne l'ont pas encensé, ils passeront pour des buses. Ungemuth, lui, s'en fiche. Quand son tour arrive, il choisit les Embrooks, un groupe inconnu qui n'a jamais intéressé personne ; un groupe composé de gens trop laids pour faire la couverture des magazines (lire l'excellent article ici, au numéro 447). Mais vache de chez vache : qu'est-ce qu'ils tuent ces Embrooks.


Embrooks - Back in my mind
(site / acheter Yellow glass perspections chez Soundflat)

lundi 24 décembre 2007

Quelques souvenirs de 2007

C'est une tradition chez la plupart des blogs musicaux : le dernier message de l'année sert à récapituler ce qui s'est fait de mieux au cours des 12 derniers mois. Si cet exercice prend généralement la forme d'un classement de disques, je préfère m'en tenir à une simple liste de morceaux car, je ne le répéterai jamais assez, je suis amateur de chansons, rarement d'albums.
Deuxième chose, je ne prétends surtout pas donner une image définitive de ce qui s'est fait en 2007 : les découvertes musicales se faisant généralement une ou deux années à rebours (à moins de travailler dans l'univers musical, d'être un téléchargeur fou ou de lire plein de magazines spécialisés, il est difficile de se tenir au courant de ce qui sort et existe). Il faut donc considérer la liste qui suit comme un simple échantillon ; juste quelques chansons sur lesquelles j'ai eu la chance de tomber et qui m'ont bien plu.

Avec cette sélection, je souhaiterais néanmoins insister sur une chose : nous vivons une époque formidable. On peut toujours regretter de ne pas être en 1967 ou en 1977 mais, très honnêtement, rarement le rock'n'roll n'a été de si bonne qualité et aussi facilement accessible. En 2007, les Coral ont composé des chansons parmi les plus belles jamais écrites tandis que la fantastique Amy Winehouse pouvaient être entendue partout, même sur les radios les plus affreuses. Ceux qui ont allumé leur télé ont sûrement remarqué l'omniprésence du rock'n'roll dans les pubs télé ; c'est quelque chose qui, je pense, n'a pas de précédent. Et la distribution s'est mise au diapason : alors qu'il fallait fouiller tout Paris il y a quelques années pour dénicher un disque écoutable, tout est devenu plus facile ; que ce soit en ligne ou en boutique, la bonne musique n'a jamais été autant accessible.

N'ayons pas peur de le dire : le rock'n'roll est à la mode et la soul retrouve peu à peu ses lettres de noblesse. Évidemment, tout n'est question que de cycle. Si nous surfons en haut de cette vague grouve, la tendance va s'estomper. Dans 5 ans, tout sera fini. Les media ne jureront que par les nouvelles sonorités branchées : Jazztonik, Elecktrofolk, R'n'Z et plein d'autres noms ridicules. Alors profitons de la chance que nous avons aujourd'hui : faites des réserves de disque avant que la disette ne sévisse, précipitez-vous à tous les concerts avant qu'il ne soit trop tard et continuez à lire Infrasons.

Nicole Atkins - War torn
Le morceau théâtral et emphatique de l'année
(site / Myspace / acheter Neptune city sur Amazon)

Kevin Ayers - Cold shoulder
La perle pop délicate et touchante de l'année
(site / Myspace / acheter The unfairground sur Amazon)

Billy Childish & the Musicians of the British Empire - Joe Strummer' s grave
Le brûlot teigneux de l'année (voir la chronique précédente sur Infrasons)
(site / acheter Punk rock at the british legion hall chez Damaged goods)


Coral - Jacqueline
La plus belle chanson de l'année
(site / Myspace / acheter Roots and echoes à la Fnac)

Dadds - Je vais te manquer
La version française de l'année (voir chronique précédente sur Infrasons)
(Myspace / acheter Franch kiss à la Fnac)

Graham Day - Get off my track
L'intro rentre-dedans de l'année (voir chronique précédente sur Infrasons)
(Myspace / acheter Soundtrack to the daily grind chez Damaged goods)

Girls aloud - Fling
L'hymne dansant de l'année
(site / acheter Tangled up chez Amazon)

Gossip - Listen up!
La chanteuse la plus forte de l'année, dans tous les sens du terme
(Myspace / acheter Standing in the way of control chez Amazon)

Go! Team - Doing it right
Le morceau funk de l'année
(site / Myspace / acheter Proof of youth à la Fnac)

Micky Green - Oh
La chanson la plus appaisante de l'année
(Myspace / acheter White T-shirt à la Fnac)

Justice - D.A.N.C.E
Le rythme disco de l'année
(Myspace / acheter Justice à la Fnac)

La sucrerie girl-groups de l'année
(Myspace / acheter Stalking stills chez Fraction discs)

Little man tate - Sexy in latin
La chanson imparable de l'année
(site / Myspace / acheter About what you know sur Amazon)

Lucy & the Popsonics - Eu quero ser seu Tamagochi
Le meilleur morceau sur les Tamagotchis de l'année
(Myspace / acheter Fabula (ou a farsa) de dois eletropandas chez CDuniverse)

La meilleure chanson vue sur scène de l'année

Michelles - Springtime
Le titre joyeux de l'année
(site / Myspace / acheter Springtime à la Fnac)

La chanson anglaise de l'année

Yael Naim - New soul
La chanson de l'année pour aller courir dans les champs
(Myspace / acheter Yael Naim chez Tôt ou tard)

Candie Payne - I wish i could have loved you more
La chanteuse la plus charmante de l'année (voir chronique précédente sur Infrasons)
(site / Myspace / acheter I wish i could have loved you more à la Fnac)

Amy Winehouse & Mark Ronson - Valerie
La tuerie soul de l'année (voir chronique précédente sur Infrasons)
(site / acheter Version à la Fnac)

Joyeux noël et que Jésus soit avec vous!

lundi 17 décembre 2007

La minute yéyé (4) : Cléo / Violaine


Noël approche. Vous avez rédigé la liste des cadeaux à offrir à la famille et aux amis, puis celle des ingrédients pour les repas des 24 et 25. À cela s'ajoute une mauvaise surprise : en sortant le carton des décorations, vous découvrez que les belles guirlandes achetées l'année dernière ont perdu presque tous leurs poils brillants. Quelle camelote! Vous voilà bons pour en racheter.
Cette semaine, vous avez eu un travail monstre ; donc pas le temps de faire de courses. Alors c'est ce samedi la dernière occasion pour aller dans les grands magasins. Il va falloir se frayer un chemin dans la cohue ; d'abord se faufiler entre les gamins et les Japonais scotchés aux vitrines, puis dans les rayons au milieu des mères de familles nerveuses, stressées et désagréables. Bien sûr, il fera très froid dehors et vous aurez pris votre gros manteau...qui vous fera crever de chaud tout l'après-midi à l'intérieur des Galeries ou du Printemps
Alors vous vous rappellerez cette chanson ("Les fauves") dans laquelle Cléo raconte son calvaire, perdue au milieu des grands magasins et de leurs clients.

Cléo - Les fauves
(disponible sur la compilation Ultra chicks, Vol.1 dont vous trouverez des infos sur Bardotagogo)

Cléo, c'était un peu la version féminine de Jacques Dutronc. Le bonhomme lui avait même écrit cette chanson : "Et moi, et toi, et soie", dont le titre, la mélodie et les arrangements font inévitablement penser au "Et moi, et moi, et moi" : rythme sec, tranché et répétitif posées sur d'entraînantes descentes de basse. Le tout saupoudré de jeux de mots qui vont parfois chercher très loin ("sois pure, Hélène, il fait si froid"). Presque du Boby Lapointe, là!

Cléo - Et moi, et toi, et soie
(acheter Singing Paris à la Fnac)

Et puis comme le moment des cadeaux approche, je vous offre, comme ça, gratuitement, une autre perle yéyé, chantée par Violaine (vous remarquerez comme moi qu'un loi semble interdire aux chanteuses yéyé d'avoir un nom de famille). La donzelle en question n'a certainement pas la voix la plus mélodieuse du monde, mais c'est une véritable furie!
Pour la petite histoire, le morceau a été enregistré complètement à l'arrache. Ford avait signé un contrat avec Violaine pour des campagnes publicitaires, et exigé qu'elle sorte, incessamment, un 33 tours. Les paroles furent donc achevées dans le studio, juste avant l'enregistrement. Pire, les musiciens étaient en grève ce jour-là, d'où des arrangements qui ne correspondent pas à l'idée de départ. Mais ce côté improvisé et cette urgence contribuent à l'attrait du morceau : il y a quelque chose de punk là-dedans et, surtout, de franchement rigolo.
Pour finir, si j'étais historien, sociologue, ou quelque chose comme ça, cette chanson serait un matériau de recherche de premier ordre. Il symbolise assez bien les aspirations et les fantasmes des adolescents français au milieu des années 1960. Si, durant la décennie précédente, la jeunesse rêvait d'Amérique et de Cadillac, c'est désormais vers l'Angleterre, ses Austin Cooper et ses BSA qu'elle est rivée. Les Beatles sont passés par là.

(sur la compilation Ils sont fous ces Gaulois, Vol.3, trouvable d'occasion)

lundi 10 décembre 2007

Les Heptones

Été 1964, une chaleur torride écrase la Jamaïque. Pour les innombrables groupes de ska qui font danser l'île, c'est une catastrophe. À cours de salive, les lèvres des trompettistes restent collées à leur instrument, tandis que les doigts des guitaristes fondent sur l'acier ou le nickel brûlants des cordes. Rassurez-vous, je vous épargne le sort des malheureux batteurs!
Quand sur les pistes de danse des Sound systems le public s'effondre, vaincu par la fournaise, un mot d'ordre résonne de toute part : "il faut ralentir le rythme". Ce tempo moins rapide donne naissance à un nouveau courant musical : le rocksteady.

Les Heptones sont un des premiers groupes qui triomphent grâce ce mélange de ska et de soul américaine, plaçant "Fattie fattie" en tête des ventes en 1966. Ils sortent cette même année le fabuleux "Gunmen coming to town", une chanson reprenant un thème caractéristique de la musique jamaïcaine, celui des "rude boys" (dits aussi "rudies"), c'est-à-dire les voyous, ceux qui sèment la terreur dans les bidonvilles.
Seulement indépendant depuis 1962, le pays a bien mal négocié ses premières années d'autonomie. Le chômage y est alarmant, les conditions de vie déplorables et insalubres et, pour les innombrables adolescents des bidonvilles, la débrouille et la violence deviennent des issues naturelles. Le rocksteady est étroitement lié à cette pègre qui fournit aussi bien musiciens qu'hommes de main pour déstabiliser la concurrence. Des chansons bourgeonnent de partout pour vanter les exploits des "rudies", des gangs et de leurs flingues.
Au contraire, certains groupes, comme les Heptones, tentent de mettre un holà à cette escalade, dénonçant dans "Gunmen coming to town" les méfaits de voyous munis de pistolets et de crans d'arrêt. Heureusement, la cavalerie (ou plutôt la police jouant l'ouverture de "Guillaume Tell" à la trompette) finit par arriver et par mettre tout ce petit monde sous les verrous. Ouf!

Heptones - Gunmen coming to town
(acheter le coffret Trojan-Rude boy chez Amazon)

dimanche 2 décembre 2007

Biff! Bang! Pow!

Pif! Paf! Pouf! Aujourd'hui nous nous intéressons à Biff! Bang! Pow!, un petit label anglais qui vient de se faire racheter par Detour records. Vu le nom, on imagine que ses fondateurs ont trop écouté les Creation (qu'on n'écoute d'ailleurs jamais assez), raison pour laquelle ils se sont fixés pour mission de "soutenir les groupes mods d'aujourd'hui". Effort louable. Ces gens sont surtout dotés d'un flair infaillible, parvenant à remplir leur catalogue de véritables merveilles. Deux d'entre elles sont même, à mes yeux, des petits joyaux Pop, axées sur une structure mélodique complexe mais lumineuse : refrains / contre-refrain / ponts / montées en gammes / choeurs / variations de tempo (si j'y connaissais quelque chose en musique, je pourrais utiliser pleins de mots savants : accelerando, tempo primo, più moto,...mais je ne me risquerai pas sur ce terrain).


En premier lieu, les Green circles prouvent que, malgré leurs airs de surfeurs, les Australiens ont toujours du sang anglais dans les veines. La chanson "Brown house in Stepney where whe live" pourrait figurer parmi les meilleures chansons des Kinks (donc de facto parmi les plus beaux morceaux jamais écrits sur les huit planètes du système solaire, plus leurs satellites et leur proche banlieue). Il y a vraiment une touche Ray Davies-sienne dans la composition : cette aptitude à décrire un lieu (la cour d'une maison dans la banlieue d'Adélaïde), un instant, une météo, un peu à la "Waterloo sunset".

Green circles - Brown house in Stepney where we live
(site / Myspace / acheter Green circles ou la compilation Shimmy! chez Detour records)


Les Lost 45s sont eux originaires de Leeds. Pas la peine d'aller chercher trop loin pour trouver leurs influences : les Jam ou les Prisoners bien-sûr avec cette voix Northern soul, ces délicates touches de clavier et puis, petit plus, des choeurs absolument oniriques (servis par l'organiste du groupe) qui élèvent le morceau "The man that time forgot" toujours plus haut. Une chanson Mod, tout simplement.






Lost 45 - The man that time forgot
(site / Myspace / acheter What time do you call this? chez Detour records)

mardi 27 novembre 2007

Le Tour du monde des garages (2) : Chine

Partis du Japon, nous embarquons à Osaka, direction Tianjin. Puis deux petites heures de train jusqu'à Pékin. Disons-le tout net : nous n'avons pas posé nos pieds sur une terre de mélomanes ; la variété chinoise est simplement atroce, peut-être autant que l'italienne...ce qui n'est pas peu de choses! Mais si nos amis transalpins peuvent décemment se reposer sur les lauriers des Vivaldi, Albinoni ou Paganini, les Chinois n'ont même pas cette alternative. Avez-vous déjà écouté un seul de leurs opéras? Non? Alors comment vous expliquer? Cela se rapproche un peu du "Doux rossignol" interprété par les deux méchantes soeurs de Cendrillon (pour ceux qui auraient oublié leurs Walt Disney, cliquez ) : des voix suraiguës et stridentes accompagnées à la flûte par la classe de 6e du collège Armand Roncet de Chanteneuve-lès-Essarts. Voilà pour le tableau.

Mais pour qui sait tendre l'oreille, la belle musique finit toujours par apparaître : sous les guitares de PK14 par exemple. Originaire de la "capitale du sud" (Nankin), ce groupe s'est installé dans la "capitale du nord" (Pékin). Le morceau qui suit est une de leurs démos ; elle me fait fortement penser à du Joy Division avec la basse très en avant et le côté franchement sombre. Assez fascinant en tout cas.



Maintenant, direction l'autre Chine : Hong Kong. Nous y retrouvons My little airport qui pourraient être les Raveonettes chinois : même amour pour les voix et les tambourins spectoriens, même penchant pour les fonds "bruitistes" saturés à la Jesus and Mary chain ou Sonic youth. Particularité : nos amis chantent à la fois en chinois, en anglais et même...en français (pas toujours intelligible, il est vrai, mais il ne faut jamais décourager les bonnes volontés). J'entends d'ici vos questions : est-ce que c'est du mandarin ou du cantonnais? Qu'est-ce que les paroles signifient? Je vous répondrais que ... et bien ... euh ... vous n'êtes qu'une bande d'assistés qui attendez que les informations vous tombent toutes crues dans la bouche. Et, dans le monde moderne, il n'y a plus de place pour les individus de votre espèce!

My little airport - 失落沮喪歌
(site / Myspace / acheter 只因當時太緊張 chez Monitor records)

PS: Message spécial aux dirigeants chinois : s'il vous plaît, pourriez-vous débloquer l'accès à ce blog dans votre pays? En échange, je vous aiderai, comme Microsoft et Google, à traquer vos dissidents. Et même, je pourrais vous aider à inventer de nouvelles tortures (chinoises) pour vos láogăi ; et notre président (en visite en ce moment à Pékin) vous donnera des bons de réduction sur les chars d'assaut et les chasseurs Dassault. À bon entendeur, salut!

mercredi 21 novembre 2007

Electrocute


Scène de soirée.
Cette surprise-partie a tout pour être réussie : vous avez intelligemment déplacé le fauteuil du salon afin de faciliter mouvements et déplacements, puis astiqué le sol avec énergie. Pour les boissons, seuls les meilleurs crus ont été sélectionnés ; comme pour les invités. Et puis, surtout, cela fait une semaine que vous préparez cette compile, une tuerie absolue avec des enchaînements Garage 60s / Power Pop, le tout saupoudré de quelques hymnes Punk : Undertones, Easybeats, une face B des White Stripes...Enfin bref, tout cela promet.

23h : la plupart des gens sont maintenant arrivés. Le grouvomètre monte soudain de trois degrés lorsque l'ampli Sennheiser envoie les premières notes de "My generation". Mais avant que Roger Daltrey ait achevé la première strophe, la chanson s'arrête...laissant place à la grosse voix de Sean Paul. Ça, c'est forcément un coup de Théodoric, un ami sympa mais avec qui vous vous prenez régulièrement le chou. En deux enjambées, vous bondissez jusqu' au mécréant, prêt à l'empaler sur un pique à olives. Ici, c'est chez vous et personne n'a le droit d'y faire pénétrer des disques extérieurs sans visa, encore moins de les introduire dans votre chaîne hi-fi et, a fortiori, si c'est pour interrompre une chanson des Who.

Mais Théodoric, un breuvage transparent dans une main, quelques curlys dans l'autre, justifie son geste avec le culot imperturbable des sans-gêne et des criminels en série. Monsieur en a marre de ce qu'on écoute depuis tout à l'heure. Ce qu'il veut, c'est quelque chose pour danser. Vous avez beau répliquer, d'un ton volontairement cassant, qu'il faut vraiment être un crétin ou un butor pour ne pas pouvoir danser sur "My generation", le renégat persiste, repoussant les limites de la provocation et du mauvais goût. Monsieur ne veut pas de la musique de papis ; et tout en laissant échapper un curly de sa main, il explique qu'il lui faut des boîtes à rythme, des basses martelées, des sonorités électroniques. En somme, Monsieur souhaite faire de votre appartement une boîte de nuit bon marché.

Évidemment, il y aurait mille arguments pour écraser ces propos dégénérés sous le marteau du mélomane. Mais vous connaissez trop bien cette tête de mule de Théodoric et, ce soir, vous êtes trop las pour partir en croisade.
Alors il reste votre arme secrète. Si Monsieur, qui par mégarde vient d'écraser le curly aux cacahuètes sur votre moquette, veut danser, le Troublesome bubblegum d' Electrocute le remuera tel un damné sur la piste de danse. Deux berlinoises qui mélangent frénésie électro et excitation digne des Headcoatees ou des Shangri-las : voilà qui pourrait réconcilier la terre entière. Achtung! Dank Electrocute wird es immer getanzt!

Electrocute - Car bomb derby
Electrocute - Shag ball
(Myspace ici / Acheter Troublesome bubblegum sur Amazon)

PS : Infrasons fêtera bientôt ses deux mois et il serait grand temps d'effacer les morceaux mis en ligne en septembre ou début octobre. Pour ceux qui ne les auraient pas encore écoutés, je laisse une dernière semaine de répit avant d'entamer l'autodestruction. À commencer par le premier message sur Evie Sands.

lundi 12 novembre 2007

La minute yéyé (3) : Michel Sardou

Avant d'encenser les "Ricains", le traître national Michel Sardou vendait son âme à la perfide Albion. Dans "Mods et rockers", le voici pris en train d'entonner un scandaleux "j'apprécie votre terre [...] et je crie très fort : vive l'Angleterre!"... Tssss!
Mod ou rockeur ? Après cette chanson, l'ami Michel a finalement choisi une troisième voie : chanteur de variété pénible. Dommage.

Michel Sardou - Mods et rockers
(Acheter Raconte une histoire à la Fnac)

PS : Un scoop de dernière minute : je viens d'apprendre que les paroles de cette pépite sont signées Patrice Laffont, le présentateur de Pyramides, Fort Boyart ou des Chiffres et des lettres ! En quelque sorte, nous avons là le fruit d'une rencontre entre deux génies ; et non des moindres.

lundi 5 novembre 2007

Public nuisance

Méfions-nous des apparences. S'il vous arrivait de tomber par hasard sur l'album Gotta survive de Public nuisance (ce qui, de toute façon, a peu de chance d'arriver), voilà à peu près ce que vous penseriez :

-Quelle apparence étrange! L'un d'eux a quasiment un look gothique avec un bouc en fourche et une chevelure vampire. Son compère sur la baignoire ressemble à un immigré costaricain, moustache hidalgo et nuquette désordonnée faisant foi. Un troisième larron, au fond, ferait plutôt petite frappe de la fin des années 1970 avec son gros blouson et sa pose menaçante. Enfin, le dernier de ces messieurs pourrait être un texan endimanché surgi des années 1890. En fait, tout cela est faux : nous avons à faire ici avec un groupe 60s.

-S' il s'agit d'un petit groupe ricain de la fin des années 1960, c'est sûrement un de ces énièmes combos garage entendus sur les compilations Nuggets ou Pebbles. L'album contient certainement une 735 038e reprise de "Louie Louie" et une floppée de chansons à deux ou trois accords. Et puis avec un nom comme Public nuisance, attendons-nous à une musique sauvage, sorte de préfiguration des Stooges ou du MC5. Tout cela est encore faux : le morceau "7 or 10", ici en écoute, est une ballade folk des plus délicates, servie par une mélodie douce et somptueuse à la fois, plus proche d'un Neil Young ou d'un Nick Drake. Public nuisance ne ressemble à rien de connu : sa musique est trop riche et éclectique pour être réduite à du garage. Nous saurions plutôt parler d'un groupe Pop, dans le sens noble du terme ; comme Love, les Byrds ou les Doors.

-Avec des chansons de cette qualité, il doit s'agir, sinon d'un groupe à succès, au moins d'un groupe culte. Non, même pas : leurs seuls enregistrements n'ont été publiés qu'en 2002 et, tout cela, à cause d'un des plus célèbres crimes du XXe siècle.
Explications : Public nuisance signa en 1968 sur le label Equinox, dirigé par le célèbre producteur Terry Melchers. Ils effectuèrent alors deux sessions d'enregistrement. Ce même Terry Melchers refusait au même moment de produire la musique d'un illuminé nommé Charles Manson. Gourou d'une secte appelée "La famille", celui-ci décida de se venger en envoyant ses adeptes massacrer la maisonnée de Melchers. Or, sa villa californienne venait d'être vendue à Roman Polanski et sa femme, l'actrice Sharon Tate (la Sarah du Bal des vampires). C'est donc Mme Polanski, enceinte de 8 mois et demi, ainsi que 3 autres persnonnes qui subirent le couroux du gourou, le 9 aôut 1969. Ébranlé, Terry Melchers cessa ses activités, laissant les bandes de Public nuisance au placard pour 34 années.


Public nuisance - 7 or 10
(site ici, acheter à la Fnac)